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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/99

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placée pour attendre en sûreté, couvrir toutes les routes, observer les Romains, et, quelle que fût la direction qu’ils prissent, s’approcher d’eux pour commencer le genre de guerre adopté. Que l’on jette les yeux sur la carte, que l’on suppose César placé en un point quelconque d’un triangle dont les sommets seraient à Sens, Vitry et Langres : je ne crois pas que l’on puisse trouver une position qui réunisse mieux qu’Alise toutes les conditions que nous venons d’indiquer. César ayant trouvé les Gaulois déjà retranchés sous cette place, lorsqu’ils n’avaient pu y rentrer que peu d’heures avant son arrivée, il est loisible de supposer que Vercingétorix avait fait travailler à Alesia, qu’il y avait fait réunir des approvisionnemens de tout genre, qu’il y avait envoyé une partie de ses troupes, et peut-être s’y était porté lui-même. Assurément, pour prendre un parti pareil, il fallait à Vercingétorix beaucoup moins de cette subtilité d’esprit qui n’a que les apparences de la profondeur, beaucoup plus de bon sens, à notre avis du moins, et beaucoup plus de persévérance dans sa résolution première, que pour aller d’avance se poster en Séquanie avec l’espoir d’enfermer César dans un cercle de Popilius et l’intention de lui livrer bataille. Le silence gardé par l’auteur des Commentaires ne nous étonnerait pas, car rien ne l’obligeait à nous informer d’un mouvement qui ne déplace pas le théâtre de la guerre, et qui n’implique pas un changement radical dans les plans de son adversaire.

Voilà pour Vercingétorix : passons à César, et puisque nous avons commencé, continuons de suivre sur la carte les opérations des deux armées dans la direction où nous croyons que s’accomplirent les événemens qui précédèrent l’investissement d’Alesia.

César quitte son camp situé vers Vitry, et s’achemine par la vallée de l’Aube ; c’est la route la meilleure et la plus directe qu’il puisse prendre pour gagner Dijon, dernière place lingonne, et de là pénétrer en Séquanie, in Sequanos. Marchant dans un pays découvert et ami, il fait facilement sept lieues par jour. Son troisième bivouac est à environ trois lieues au sud de la Ferté-sur-Aube, près de la frontière lingonne (extremos fines Lingonum), découpée de ce côté par l’enclave mandubienne.

Avec le système de signaux que possédaient les Gaulois, on peut admettre que le soir même du jour où César s’était mis en mouvement, Vercingétorix en fut informé. Ayant déjà sous la main des forces imposantes, il aura quitté Alesia dès le lendemain, et sera venu camper sur la Seine un peu au-dessus de Châtillon. Le second jour, connaissant la direction que suivait César, il aura appuyé vers l’est, et sera venu se poster sur l’Ource. Les feux de ses bivouacs, établis derrière cette rivière, entre Brion et Prusly, sont aperçus par les Romains, qui terminaient en même temps leur troi-