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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/972

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des navires américains, émotion qui a eu d’abord un sérieux retentissement à la bourse de Londres, ce nouveau conflit n’aura pas de suites graves. Avec une unanimité merveilleuse et qui révèle leur sens pratique, les Anglais dans le parlement et dans la presse se sont montrés disposés à donner sur ce point à leurs turbulens cousins d’Amérique toutes les satisfactions raisonnables. L’opinion en Angleterre commence à se lasser des sacrifices et des tribulations que s’impose la marine anglaise pour faire la police répressive de la traite des noirs. On ne doute guère que les navires américains visités sur la côte de Cuba ne se livrassent au commerce des nègres. Que les Américains importent des nègres chez eux, si cela leur convient, disent certains organes radicaux anglais, il n’y a qu’à les laisser faire. Les embarras que leur suscitera l’augmentation de la population noire vengeront assez sûrement la cause de l’humanité. C’est peut-être le moyen le plus court de hâter aux États-Unis l’abolition de l’esclavage.

S’il est en France un ordre d’intérêts qui, dans ces derniers temps, ait eu à souffrir de ce malaise de l’opinion dont nous parlions en commençant, ce sont assurément les intérêts financiers. La vaste diffusion des valeurs mobilières qui s’est opérée depuis peu d’années a créé en France une classe de capitalistes éminemment sensible aux fluctuations de la fortune publique, parce qu’elle éprouve à la fois et dans tous ses rangs le contre-coup d’influences dont la nature lui est inconnue, et qu’elle subit passivement dans la dépréciation de sa fortune. Les esprits sensés qui ont observé le mouvement des affaires depuis 1852 ont accusé d’exagération dans l’optimisme les spéculations qui ont signalé le début de cette période ; nous croyons que l’on pourrait reprocher une exagération en sens contraire au découragement qui depuis le commencement de cette année s’est emparé des spéculateurs et des capitalistes. Nous reconnaissons que les circonstances politiques ont pu avoir sur ce découragement une influence sérieuse ; mais nous ne pensons point qu’il soit possible de le justifier par des raisons puisées dans un examen attentif de la situation financière. La France a traversé sans doute depuis huit mois une crise commerciale qui n’a point eu d’analogue dans le passé : cette crise a restreint les travaux de notre industrie, les opérations de notre commerce ; mais un autre résultat de la crise a été de dégager beaucoup de capitaux de la liquidation des anciennes opérations, et d’augmenter par cela même la masse des capitaux disponibles prêts à s’engager dans des placemens nouveaux. La crise commerciale de la fin de l’année dernière ne suffit donc point à expliquer l’abstention défiante des capitaux et la dépréciation continue des grandes valeurs mobilières qui représentent une portion si considérable de la richesse française. Il faut avouer d’un côté que le vrai mal de cette situation fausse est un mal d’opinion ; mais si d’un autre côté l’on observe les conséquences de ce mal d’opinion, si l’on considère que non-seulement il propage et entretient un mécontentement vague dans la couche la plus sensible et la plus active de la société, mais qu’il mine le crédit d’une de nos industries les plus vitales, l’industrie des chemins de fer, et qu’il tend à restreindre les ressources nécessaires à l’achèvement de notre réseau, on voit qu’il est urgent de porter remède à cette erreur des esprits. On annonce que le gouvernement y travaille sérieu-