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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/937

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emplois politiques et administratifs, plus une partie du territoire, mais ils ont laissé à la population indigène sa liberté et la faculté de s’enrichir par le commerce. L’étendue de la ville est considérable et tout à fait hors de proportion avec le chiffre de ses habitans à cause des champs et des cultures qui entourent les maisons. Celles-ci sont bâties en argile, de forme carrée, avec un seul étage surmonté d’une terrasse ; elles ont toutes une cour rectangulaire entourée de murs dont l’élévation ne met pas leur intérieur à l’abri de la curiosité des passans. Il y a aussi des huttes circulaires composées d’un simple rez-de-chaussée et couvertes d’un toit de chaume conique. Au beau milieu de la ville se trouve une grande lagune malsaine à laquelle les habitans n’ont pas l’air de prendre garde, bien que son dessèchement dût certainement exercer une heureuse influence sur leur santé. La principale industrie de Kano consiste dans le tissage du coton et la teinture ; cette ville exporte les robes qu’elle fabrique et qu’elle colore avec l’indigo à Murzuk, Ghat, Tripoli, Timbuktu, et jusqu’à la côte d’Arguin. Elle en fournit le Bornu malgré sa production indigène, le Igbira et le Igbo [1] ; enfin elle a envahi l’Adamawa et ne s’est trouvée arrêtée que par la nudité complète des hommes tout à fait sauvages qui habitent au-delà de ce pays. Les Européens ont souvent parlé des belles étoffes de coton teint de Timbuktu : on croyait qu’elles y étaient des produits indigènes ; c’était une erreur : elles y viennent de Kano par Ghat, et font cet immense détour parce que la route directe est trop dangereuse. Cette exportation est estimée au minimum par M. Barth à trois cents charges de chameaux par an. Outre ces étoffes, on fait encore à Kano de jolis ouvrages de cuir, des sacs de forme et de dessin très élégans teints en rouge avec un végétal, des sandales qui s’exportent jusque dans le nord de l’Afrique. Le commerce des esclaves y est très actif, et si jamais les Anglais ou d’autres Européens s’installent dans cette partie de l’Afrique, ils auront fort à faire pour empêcher la traite, il est même bien à craindre que le sentiment d’humanité qui s’oppose à ce triste trafic ne soit un des plus grands obstacles à l’établissement de leur influence sur les indigènes. Kano s’enrichit encore comme entrepositaire du commerce que font autour d’elle les pays circonvoisins : les caravanes qui portent le cuivre du Waday, le sel, l’ivoire, le natron, ce sel de soude si abondant aux environs du Tsad, passent par ses murs. Ce n’est pas avec les noirs, les Arabes et les Berbères seulement que cette ville est en relations de commerce. Les Américains, ces marchands toujours à l’affût des bonnes entreprises, entretiennent depuis bien longtemps un commerce d’échanges par intermédiaires avec les états du Soudan tout aussi bien qu’avec les peuplades de l’Afrique australe, et ils paient le natron, l’ivoire, le coton et les esclaves, qui sont un des principaux objets de leur trafic, avec des rasoirs, des mauvaises lames de sabres, des couteaux, des ciseaux, des aiguilles, des miroirs.

Le gouverneur fellani de Kano est un des plus puissans entre les douze grands vassaux de l’émir suzerain de Sokoto. Toutefois son autorité n’est pas absolue : on peut appeler de ses jugemens à Sokoto. Il est vrai que c’est là un recours tout à fait illusoire par l’impossibilité d’en profiter à causa de la

  1. Pays du Niger visités par le docteur Baikie.