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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/913

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Nana-Sahib par le malheureux Wheeler. Elle revint, annonçant que deux autres régimens de rebelles étaient campés à quelque distance dans cette direction. Un peloton de cavalerie sikh, sous les ordres du capitaine Forbes, alla battre le pays du côté de la route de Nawabgunge. Il rapporta la nouvelle que les insurgés étaient campés à Chinhut ou Chinat, à neuf milles de Lucknow. Pouvait-on permettre à ce corps, dont la force numérique n’était pas bien connue, de venir se loger dans la capitale de l’Oude, ce qui serait pour la ville entière le signal de l’insurrection ? ou bien fallait-il marcher résolument au-devant de lui, en assez grande force pour pouvoir au besoin lui livrer combat ? Telle était la question. Elle fut, paraît-il, vivement débattue dans le conseil de défense, et définitivement on adopta la seconde de ces deux alternatives. Le motif déterminant fut précisément cette ignorance où l’on était resté du nombre de rebelles qu’on aurait en face de soi. Les espions indigènes ne dénonçaient pas plus de trois ou quatre mille hommes : s’ils disaient vrai, s’ils ne se trompaient pas, il n’y avait évidemment pas à hésiter. L’ordre de départ, afin de mieux assurer le secret de l’opération, ne fut donné que le 30 juin, à trois heures du matin.

Six cents hommes environ composaient l’expédition, que sir Henry Lawrence commandait en personne. Sur ce nombre, il n’y avait que trois cents hommes du 32e (anglais) empruntés en partie à la garnison de la Muchie-Bhaoun. L’infanterie comptait en outre cent cinquante hommes du 13e (indigène), plus les débris du 48e et du 71e (indigènes), comprenant environ quatre-vingts baïonnettes. En fait de cavaliers, il y avait trente-six Européens et environ cent vingt hommes pris dans ce qui restait des trois régimens de la cavalerie irrégulière de l’Oude. L’artillerie avait onze pièces, dont quatre canons servis par des Européens, six par des natifs, plus un obusier de huit pouces, trouvé dans la ville quelques jours auparavant. Deux éléphans traînaient cette pièce énorme [1].

À cinq heures trois quarts, ces divers corps étaient réunis en arrière du pont de fer jeté sur la Goumti, entre la résidence et la Muchie-Bhaoun. Ils se mirent aussitôt en marche. Quarante cavaliers sikhs et européens formaient l’avant-garde avec quarante soldats à pied, pris également par moitié dans l’infanterie indigène et l’infanterie européenne. Les canons suivaient sous l’escorte immédiate des soldats du 32e (anglais) et du 13e (indigène). À l’arrière-

  1. Il y a d’étranges différences dans le compte-rendu de la composition de cette colonne expéditionnaire, soit comme infanterie, soit comme artillerie. Nous adoptons les chiffres donnés par le colonel (depuis général) Inglis dans son rapport officiel au gouvernement de Calcutta, en date de Lucknow, 26 septembre.