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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/874

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1720, ce prince fut complètement maître de la situation, comme nous dirions aujourd’hui, et n’eut plus à compter avec personne. Enfin, si la France avait eu le malheur de perdre son jeune roi, perspective longtemps imminente et en vertu de laquelle on avait dû gouverner, la transmission de la couronne à la branche française n’aurait plus rencontré dans la nation un contradicteur sérieux. Dans une courte, mais laborieuse carrière de huit années, la régence avait donc assuré le présent et garanti l’avenir.

Cependant la conspiration de Cellamare avait eu ses conséquences naturelles. Elle avait hâté la déclaration de guerre à l’Espagne, que le refus de cette cour d’agréer les propositions des signataires de la quadruple alliance rendait d’ailleurs à peu près inévitable. Acculé à cette extrémité qu’il pouvait se rendre la justice d’avoir tout fait pour détourner, le régent ne s’engagea qu’avec répugnance dans une guerre qui, pour être devenue nécessaire, n’en demeurait pas moins contraire aux intérêts permanens de la France. La nation voyait avec un regret général une querelle qui allait armer l’un contre l’autre deux peuples de l’alliance desquels on s’était promis, de si grands biens, et détruire, semblait-il, dans ses fondemens mêmes l’œuvre cimentée par tant de sang. Philippe V porta en Navarre une confiance étrange. Longtemps entretenu par son ministre dans la persuasion qu’à l’aspect du petit-fils de Louis XIV, les troupes françaises quitteraient leurs drapeaux pour rejoindre les siens, il fut confondu d’une fidélité imprévue qui revêtait à ses yeux la couleur d’une sorte de trahison. La campagne fut d’ailleurs aussi rapide que décisive, car les recrues d’Alberoni ne tinrent pas plus devant les régimens de Berwick que ses vaisseaux radoubés n’avaient tenu devant la flotte de l’amiral Byng. Témoins d’une déroute qui les fit plus d’une fois trembler pour leur sûreté personnelle, le roi et la reine ouvrirent enfin les yeux, et l’audacieux aventurier qui avait si longtemps agité le monde fut sacrifié au besoin d’une paix souhaitée par la France aussi ardemment que par l’Espagne.

C’est ici que se place la péripétie la plus importante et la plus inattendue de ce drame si compliqué, et que se révèlent, avec un éclat