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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/840

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il a pour affluent le Sungari. À vrai dire, il est difficile de décider lequel de l’Amour ou du Sungari mérite le mieux le titre de fleuve : le Sungari amène toutes les eaux de la Mantchourie méridionale, et paraît être plus important, parce qu’il garde sa direction première en se réunissant à l’Amour, tandis que celui-ci se trouve dévié vers le nord, après avoir, depuis sa source, toujours coulé du côté du sud.

On pourrait appeler Amour supérieur toute cette portion du fleuve qui précède le confluent du Sungari et se dirige du nord au sud, et Amour inférieur la partie du fleuve qui s’étend depuis ce point jusqu’à l’embouchure. Ces deux branches ont à peu près la même longueur. L’Amour supérieur offre des parties admirablement adaptées à la colonisation. À partir du point où il commence à porter son nom, il traverse une région très montueuse, mais des deux côtés du fleuve s’ouvrent un grand nombre de vallées latérales qui offrent de fertiles pâturages et des forêts magnifiques. L’ancienne ville d’Albasin était située à l’entrée de l’Émuri, qui sans doute a donné son nom au fleuve Amour, et les émigrans sibériens se sont hâtés d’y former un établissement. Toute la région de l’Amour qui confine à la Transbaïkalie se colonise rapidement ; déjà vingt mille Sibériens s’y sont portés, et chaque jour ce nombre va croissant.

En descendant le fleuve, on rencontre les premiers postes des Mantchoux, qui surveillent les tribus de l’Amour, à l’entrée d’une belle vallée formée par la Kamara. Ces postes consistent en quelques huttes et ne sont habités que pendant une partie de l’année ; au-delà de la Kamara, le fleuve traverse jusqu’à la Zéja un pays montueux couvert d’épaisses forêts et presque désert ; la vallée s’élargit, au sortir des montagnes, en immenses plaines où l’on n’aperçoit plus de forêts. Au confluent de l’Amour et de la Zéja est une ville chinoise du nom d’Aigunt. Un grand nombre de villages entourés de jardins et de champs sont groupés dans cette partie de la vallée. Nous emprunterons à un intéressant récit de M. Sverbejef la description de ces établissemens chinois. M. Sverbejef avait été envoyé en avant de la flottille russe, avec un interprète et une petite troupe, pour transmettre une dépêche au gouverneur de la ville chinoise. On descendit dans le premier village pour chercher un messager : les Chinois effrayés se prosternaient devant les Russes. Bientôt, rassurés par leurs protestations pacifiques, ils les invitèrent à entrer dans leurs cabanes, leur offrirent des pipes et du tabac. Les maisons ne contiennent qu’une seule chambre : quatre murs, bâtis avec des briques non cuites et de l’argile, supportent la charpente du toit, recouvert en chaume. Les fenêtres sont grandes et fermées avec du papier. Le long des murailles court un long poêle, sorte de tuyau quadrangulaire,