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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/839

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la guerre d’Orient, sur la nouvelle qu’une escadre anglo-française devait aller visiter les établissemens du Kamtchatka, le gouvernement russe jugea nécessaire d’envoyer des renforts à la faible garnison de Petropavlovsk. Une expédition fut organisée par le général Mouravief, gouverneur de la Sibérie orientale ; elle prit, pour aller au Kamtchatka, le chemin de l’Amour, et recueillit les premiers renseignemens sur ces régions jusqu’alors entièrement inconnues. Le lieutenant Popof dessina, dans cette rapide reconnaissance une carte générale de l’Amour. Ce premier voyage révéla au général Mouravief l’importance de ce fleuve magnifique : il comprit que la possession des régions qu’il traversait assurerait un avenir nouveau aux colonies de la Sibérie. Il descendit depuis l’Amour à trois reprises différentes, et y réunit de nombreux et précieux documens sur la géographie de la Mantchourie, sur ses ressources, sur les mœurs et le caractère des tribus qui l’habitent. De son côté, l’amiral Poutiatine, chargé d’aller négocier de nouveaux traités avec le Japon, mit à profit son séjour dans les parages de la mer d’Okhotsk pour remonter l’Amour depuis l’embouchure jusqu’au fort cosaque Ust-Strelotschnaja, placé au confluent de l’Argua et de la Schilka. Il n’avait à son service qu’un mauvais bateau à hélice, le Nadeschda, qui employa soixante-seize jours à parcourir cette distance. Aujourd’hui l’on voyage beaucoup plus rapidement sur l’Amour. Dès 1857, la Lena a fait ce voyage en trente jours ; en 1858, on compte déjà six bateaux à vapeur sur l’Amour, et on le remonte en vingt jours de Nicolaïef à la Transbaïkalie. Pendant le voyage de l’amiral Poutiatine, M. Petchurof a fait de nombreuses observations astronomiques, et a pu tracer ainsi une carte rectifiée du fleuve, dont l’exactitude ne laisse plus rien à désirer. Depuis, M. Rochkof a complété le travail de M. Petchurof par des déterminations astronomiques faites en divers points voisins de l’embouchure du fleuve. La géologie et la flore de l’Amour ont été l’objet d’études spéciales de M. Permikin, qui prit part à la première expédition de 1854, et depuis de MM. Maak, Maximovitch et Ruprecht. L’ethnographie n’a pas été négligée dans ces diverses expéditions, et nous sommes en possession de précieux détails sur les tribus de la vallée de l’Amour comme sur les établissemens que les Mantchoux y conservent encore.

L’Amour dessine un arc immense depuis la Transbaïkalie, où ce fleuve prend sa source, jusqu’à la Manche de Tartarie. Ses principaux affluens sont, sur la rive gauche, la Zéja et la Burija, dont les vallées sont à peu près désertes, et qui sortent des chaînes montueuses placées sur le prolongement des monts Stanovoï. Sur la rive droite, dans la région où l’Amour atteint la latitude la plus méridionale,