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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/838

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Stanovoï, qui forment le point de partage entre les eaux qui coulent vers le nord et celles qui, au sud, vont descendre dans l’Amour. Cette ligne de faîte s’abaisse en réalité tellement du côté de la mer d’Okhotsk, qu’il est à peu près impossible d’y trouver une limite naturelle.

C’est à une époque toute récente que la région, imparfaitement connue lors de la conclusion du traité de Nertchinsk, a été de nouveau visitée. Pendant les années 1844 et 1845, M. de Middendorf s’assura que les frontières entre la Sibérie et la Mantchourie sont de ce côté tout à fait incertaines. Dans les territoires qu’on s’était habitué à considérer comme appartenant à la Russie, il rencontra des peuplades qui paient tribut à la Chine, et dans la région qu’on supposait chinoise il en trouva d’autres qui se croient soumises à la Russie ; quelques-unes même, de crainte d’erreur, envoient le tribut des deux côtés. Les peuples qui habitent les vallées et vivent de la pêche restent généralement soumis à la Chine, tandis que les tribus tungouses, qui errent dans les districts élevés et montueux, se regardent comme tributaires de la Sibérie russe, aussi bien sur le versant méridional que sur le versant septentrional des monts Stanovoï et des chaînes qui leur font suite. Comme les rivières entrent dans les montagnes et les traversent, il en résulte que les tributaires des deux nations se trouvent en quelque sorte mêlés.

Quand le traité de Nertchinsk assignait comme limite la chaîne Stanovoï, les géographes chinois, suivant M. de Middendorf, ne prétendaient pas la placer au point de partage des eaux qui vont les unes vers le nord, les autres vers le sud, mais sur le bord méridional de la grande région plus ou moins montueuse que traversent sur une grande longueur les affluens de l’Amour. Cette interprétation faisait rentrer dans le domaine de la Russie une région très étendue qu’auparavant elle n’embrassait pas dans ses possessions. M. de Middendorf suivit lui-même ces limites nouvelles, traversa les affluens de l’Amour au sortir des montagnes, et trouva plusieurs monticules que les Chinois avaient élevés pour marquer leurs frontières. Il fit connaissance dans ce voyage avec quelques tribus qui depuis cent soixante ans envoyaient a Iakoutsk un tribut de fourrures qu’on avait toujours reçu sans en connaître exactement l’origine. M. de Middendorf put s’assurer aussi que, dans les vallées presque inhabitées des affluens de la rive gauche de l’Amour, la domination chinoise est devenue extrêmement précaire.

On se contentait ainsi au début de reculer la frontière sibérienne, en interprétant les anciens traités de la manière la plus favorable ; mais des circonstances nouvelles vinrent bientôt précipiter le cours des empiétemens de la Russie dans la Mantchourie. En 1854, pendant