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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/754

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que les personnes dont les habitudes sont régulières. Ni l’humidité, ni la sécheresse, ni tous les contrastes de température qui se succèdent avec tant de rapidité en Angleterre ne peuvent rien sur la constitution des gypsies. Ils aiment très certainement la chaleur : j’en juge par la manière dont ils s’approchent du feu au risque même de se brûler ; mais quand ils voyagent, ils supportent le froid le plus intense, tête nue et sans autre défense que de vieux haillons jetés négligemment autour d’eux. Ils bravent tout, s’accommodent à tout ; ils dorment indifféremment à la belle comme à la mauvaise étoile ([1]. J’ai pourtant eu l’occasion d’observer qu’ils ont généralement, à un certain degré, le sentiment du domicile. On se figure volontiers les gypsies comme des gens sans asile : c’est une erreur. Les oiseaux du ciel ont leur nid, les renards ont leur tanière ; les gypsies ont leur tente ou leur chariot sorte de maison ambulante. Là ils sont chez eux. Ils permettent très rarement l’entrée de ces tentes aux étrangers. Autour de moi, cette nuit-là, les pans de toile qui servent en quelque sorte de portière aux chambres à coucher étaient abaissés avec soin, quoique généralement ouverts durant la journée.

À une belle nuit succéda, comme cela arrive souvent en Angleterre, une matinée triste et brumeuse. De bonne heure le camp fut presque abandonné, si ce n’est par les vieillards. Les enfans allèrent faire du bois. Les occupations des hommes sont variées. La plupart d’entre eux sont étameurs ; leur cri est bien connu dans les villages anglais : Old pots and kettles to mend ? Quiconque voudra examiner avec soin l’endroit où une horde de gypsies a campé y trouvera presque toujours sur l’herbe des débris d’étain et d’autres métaux. Comme ils exercent la profession d’étameurs par toute la terre, il y a lieu de se demander si à l’origine des sociétés les diverses industries n’étaient point greffées sur différentes races. Il est des gypsies qui raccommodent les chaises, émoulent les couteaux, font des corbeilles ou des paniers avec l’osier qu’ils ont coupé sur la route et

  1. Gilbert White, l’auteur de the Natural History of Selborne, raconte avoir vu au mois de septembre, durant des nuits orageuses, une jeune fille gypsy coucher au milieu d’un champ de houblon, sur le sol nu, sous des pluies diluviennes, sans outre abri qu’un morceau de couverture étendu sur des perches fixées en terre. Et pourtant il y avait tout près d’elle un bâtiment destiné à faire sécher le houblon, et dans lequel cette jeune fille aurait pu se retirer, si elle avait jugé qu’un toit fût un objet digne d’attirer l’attention d’une gypsy.