Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/741

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


grand nombre de membres de cette famille furent exécutés comme Egyptiens. Il m’en coûte même de dire qu’en 1624 une certaine Hélène Faa, et d’autres femmes au nombre de treize, furent condamnées à être noyées.

Le nom des gypsies figure plus d’une fois dans les chroniques de l’ancienne Ecosse. Dans le riche comté d’Ayr s’élève la ville de Maybole, agréablement située sur une douce éminence et environnée d’un amphithéâtre de collines qui la protègent contre les vents du nord et de l’est. C’était autrefois un rendez-vous d’hiver pour les gentilshommes d’alentour. Parmi ces résidences de famille, il en est une qui se fait surtout remarquer par le style de l’architecture, véritable type d’un manoir écossais du XVe au XVIe siècle. Ce château de Maybole, comme on l’appelle maintenant, est célèbre par une histoire d’amour. John, sixième comte de Cassilis, un presbytérien du temps qui, dit la chronique, « ne souffrait pas qu’on se méprit sur le sens exact et direct de son langage, » avait obtenu la main de Jane Hamilton, fille du premier comte de Haddington. Le mariage fut contracté sans le consentement de la dame, dont les affections étaient depuis longtemps engagées ailleurs. Elle aimait un certain sir John Faa [1], un voisin de son père dans la ville de Dunbar. John Faa n’était ni « grave, ni solennel » comme son rival, mais il était « jeune, beau et débonnaire. » La jeune lady n’en fut pas moins obligée de suivre son mari dans le manoir traditionnel des Cassilis, sur les bords du Doon. Leur union fut couronnée par la naissance de trois enfans, dont l’un était une fille, mariée plus tard à l’évêque Burnet. Quoique mère, la belle lady était triste. Pour elle, le château de Maybole aux épaisses murailles nues, aux étroites fenêtres en forme de lucarnes, aux tourelles suspendues en l’air comme des pigeonniers, était hanté nuit et jour par le plus dangereux des revenans, un souvenir. Le temps n’avait rien pu sur son cœur : elle pensait toujours au chevalier de Dunbar, à John Faa. Ce qu’elle se disait à elle-même en imagination arriva par je ne sais quel écho à l’objet de ses rêves. Favorisé par l’absence du comte Cassilis, qui était alors en Angleterre, chargé de quelque mission publique, sir John Faa choisit le jour et l’heure pour un enlèvement. Soutenu par une bande de complices déguises en gypsies et plus vraisemblablement par des gypsies en chair et en os, il se présenta à la grille du château, et annonça son arrivée par une sérénade. Il chanta d’une voix si tendre, dit la ballade, que la dame descendit d’un pied léger l’escalier du château, et vint se jeter dans les bras du gypsy troubadour,

  1. Pour l’honneur de la famille des Cassilis et des Hamilton, la chronique ne s’explique point sur l’origine de ce sir John Faa ; mais le nom et la suite de l’aventure montrent clairement que c’était un gypsy.