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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/725

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seul est en cause. Il devient de jour eu jour plus facile d’en imposer à un public qui fait bon marché de la symétrie et de l’unité d’une œuvre, admet de la meilleure grâce du monde la séparation de ses élémens, et compense bénévolement l’ennui que l’un d’eux lui inspire par le plaisir que l’autre lui fait éprouver. Une seule partie qu’il goûte fait passer toutes les autres. Cela se voit surtout au théâtre, où la forme est si complexe, où tant de choses diverses concourent à la représentation d’une pièce : la mise en scène, le jeu des acteurs, leur personnalité même, tout, jusqu’à l’aspect de la salle, distrait le public de l’attention exclusive que dans la lecture d’un roman il est obligé d’apporter à l’élément purement littéraire.

Le public même le moins lettré, le plus accessible par l’état de son esprit aux simples épisodes, fait fi des situations et des sentimens conformes à l’ordre et à la nature. Il lui faut des poses connues, des gestes arrangés, des effets convenus. Grâce à la pression exercée sur eux, les acteurs ne se composent plus un jeu spécial pour chacun de leurs rôles ; ils sont obligés à une sorte de cérémonial qu’il leur faut adapter tant bien que mal aux situations les plus opposées. À leur tour, les auteurs travaillent dans ce sens : ils se gardent bien de chercher des combinaisons inconnues dont le résultat pourrait être douteux ; mais ils arrangent dans un cadre conforme à la commune mesure des effets certains et notés depuis longtemps pour telle espèce d’applaudissemens. Actualités, lieux-communs, intelligence facile, telles sont les choses auxquelles s’est habituée la masse du public, qui ne veut pas sortir de son ornière, et préfère se duper elle-même plutôt que de dépenser un peu de cette attention que réclame une appréciation sérieuse. On s’explique bien des succès avec ces tristes causes.

Eugène Lataye.





Abrégé de la Législation hindoue[1]


Dans une société aussi ancienne que la société hindoue, et dont les monumens littéraires remontent à la plus haute antiquité, il existe un grand nombre d’ouvrages sur la législation. Manou, le législateur inspiré, a parlé le premier ; après lui, des sages respectés ont formulé des codes de lois. Sans altérer la doctrine du maître, ils ont introduit dans leurs ouvrages de nouvelles explications relatives à des questions de fait, et essayé de résoudre des difficultés qui se produisaient avec le temps, et que le divin Manou n’avait pu prévoir. Tous ces livres précieux à plus d’un titre, et que l’Europe a pu connaître par des traductions, ont été écrits en sanskrit. Les peuples de la presqu’île indienne, qui parlent une langue aussi différente de l’idiome ancien et sacré que le bas-breton l’est de la langue française ou du

  1. Pondichéry, imprimé par ordre du gouvernement ; 1857.