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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/717

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eux d’irritantes questions personnelles ; mais, dans les loisirs forcés que leur créent les dernières élections, ils auront le temps de réfléchir qu’il vaut encore mieux être ensemble que de n’être pas.

L’intolérance religieuse se manifeste en Suède par de nouvelles rigueurs ; on dirait que l’église luthérienne de ce pays prend à tâche de braver l’opinion de l’Europe. Il y a quelques mois, la Revue a publié une étude sur la discussion et le rejet de la loi proposée par le roi Oscar, loi libérale, si on la compare à l’état de choses actuel, et qui adoucissait, n’osant l’abolir tout fait, la pénalité barbare du temps de Charles XI. Cette étude a été lue avec sympathie par les esprits libéraux de la Suède, et le roi lui-même avait bien voulu exprimer sa satisfaction à ce sujet. Les défenseurs du despotisme clérical ont été naturellement fort irrités de voir démasquer ainsi leurs passions intéressées et mettre à nu la pauvreté de leurs argumens. Ces colères, auxquelles nous nous attendions, ne pouvaient guère nous émouvoir. Nous avons été plus surpris, il faut l’avouer, quand l’Aftonblad s’est mis à défendre contre nous ce qu’il attaquait la veille. Nous exagérions le mal, disait-il ; nous donnions à ces lois ecclésiastiques de la Suède une importance qu’elles n’ont pas. Comparer le luthéranisme suédois au catholicisme napolitain, quelle injustice ! Puis, s’exaltant peu à peu, et oubliant la politesse en même temps qu’il reniait ses principes, il ne craignait pas de déclarer que notre travail avait été écrit sous l’inspiration des jésuites. L’organe du libéralisme suédois, libéralisme fort incertain, comme on voit, imprimait ces belles choses au moment même où tous les journaux protestans de France s’associaient hautement à nos réclamations. L’Aftonblad est obligé aujourd’hui d’employer des expressions plus sévères que les nôtres. Des rigueurs que nous regardions comme impossibles viennent d’être déployées par le gouvernement du prince-régent en faveur de la tyrannie ecclésiastique. Voici ce qu’on lit dans un des derniers numéros de ce journal, à la date de Stockholm, 19 mai 1858 : « La cour royale a prononcé aujourd’hui un arrêt qui fera le tour du monde civilisé, et qui excitera une réprobation universelle contre l’intolérance de la législation religieuse que nous conservons pour la honte de notre pays et de notre siècle. De quoi s’agit-il donc ? En deux mots, voici les faits. Ce n’était pas assez d’avoir repoussé l’abrogation de lois qui semblaient devenues inapplicables ; le gouvernement du régent, oubliant les généreuses tendances du roi Oscar, vient de réveiller un procès odieux, dont le fils de Bernadotte voulait épargner l’opprobre à son pays. Six pauvres femmes ont été mises en jugement pour s’être converties au catholicisme, et on n’a pas craint d’invoquer contre elles cette législation haineuse établie dans une époque de luttes, et que réprouvent à la fois l’esprit du protestantisme et l’esprit de notre siècle. L’arrêt, prononcé solennellement le 19 mai dernier, condamne ces pauvres femmes à l’exil, à la privation de tout héritage et à la perte des droits civils. Elles semblaient atterrées à la pensée de quitter tout ce qui leur est cher. Nées en Suède, elles ne connaissent ni d’autres pays, ni d’autres langues. Cinq sont mères de famille. Toutes vivaient pauvrement, mais honorablement, du travail de leurs mains ou de leur petit commerce. Que vont-elles devenir ? A l’expiration du délai qui leur est accordé pour se pourvoir en cassation, la Suède leur fournira