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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/714

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trouver un successeur à M. Ventura Diaz. M. Posada Herrera est le nouveau ministre de l’intérieur. Par lui-même, M. Posada Herrera est un homme de talent, qui a professé le droit administratif, qui n’a point toujours été à l’abri des variations politiques, mais qui est depuis longtemps conservateur, et occupait récemment les fonctions de fiscal ou procureur de la reine au conseil d’état. Ce qui donnait une certaine gravité à sa nomination, c’est qu’il comptait justement la veille dans cette minorité contre laquelle des mesures de rigueur avaient été conseillées. Il est bien clair qu’en choisissant un tel collègue, M. Isturitz a voulu faire montre d’indépendance et se soustraire à l’absorbante protection de la majorité. Seulement, après cela, il ne fallait plus songer à se présenter devant le congrès, sous peine de s’exposer à périr dans quelque embuscade, et c’est ce qui a motivé la clôture précipitée de la session. Le cabinet devait être d’autant moins disposé à se retrouver en face des chambres, qu’il était menacé de très sérieuses difficultés dans une affaire d’une apparence toute spéciale, et qui en réalité a excité des passions de plus d’un genre à Madrid : il s’agit d’un projet présenté pour la construction du chemin de fer des Aldudes. Les chemins de fer espagnols peuvent rejoindre la France par divers points ; il y a la ligne naturelle d’Irun, et il y a aussi la ligne qui passe par Saragosse et la Navarre, allant aboutir à la frontière par les Aldudes. Cette dernière voie est, dit-on, difficile, coûteuse, et de plus elle nuirait singulièrement aux Castilles, aux Asturies aux provinces basques, desservies par le chemin du Nord proprement dit. Il y a un inconvénient bien plus grave : les Espagnols, on le sait, prennent vivement tout ce qui touche à leur nationalité ; ils ont toujours peur de voir s’affaiblir cette solide cuirasse des Pyrénées, ou de livrer les clés de leurs portes. Le chemin des Aldudes leur semblait une porte ouverte. En toute cette affaire, à tort ou à raison, ils ont cru voir la marque d’influences étrangères. Il n’en a pas fallu davantage pour que les susceptibilités nationales aient eu leur rôle dans cette mêlée d’intérêts, si bien que la commission législative nommée avant la suspension des chambres était en majorité hostile au chemin des Aldudes. Le cabinet s’est donc mis à l’abri de difficultés immédiates en prononçant la clôture de la session, et M. Salamanca n’a point été fâché sans doute de voir un projet auquel il s’intéresse fort échapper pour le moment à une déroute assez probable. Maintenant le danger n’est qu’ajourné, cela paraît assez clair. Si le ministère actuel n’a pu laisser les cortès continuer leurs travaux, il ne pourra sans doute les convoquer de nouveau, et une dissolution du congrès semble le complément inévitable de la suspension qui vient d’avoir lieu. Seulement, d’ici là, le cabinet de M. Isturitz sera-t-il encore debout ? Une chose est certaine, c’est que ce provisoire est singulièrement périlleux ; rien ne le prouve mieux que la réapparition d’une feuille clandestine, le Murcielago, qui court Madrid, et se remet à colporter toutes les diffamations ou toutes les médisances. Ce n’est point là le symptôme des situations fortes.

Voilà ce que nous avons entrevu, nous n’oserions dire observé, dans une excursion de quelques jours que nous venons de faire en Espagne à l’occasion de l’inauguration du chemin de fer de Madrid à Alicante. Pour donner ici l’impression complète que nous avons rapportée, nous ne pouvons nous