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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/71

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la trace dans Lucan, Suétoine et Saluste, car nous lisons Alise dans ce manuscrit, comme dans la traduction française des Commentaires imprimée à la fm du xve siècle par Vérard.

Pour mieux m’éclairer, je voulus me faire une idée de l’Alaise comtoise que M. Quicherat ne décrivait pas ; c’est dire que j’eus recours à la magnifique carte de France que nous devons à notre corps d’état-major, et qui peut guider avec une précision toute mathématique ceux qui veulent étudier l’histoire des faits de guerre accomplis sur le sol de notre patrie. Je parvins, non sans peine, à découvrir ce hameau, et j’avoue qu’au premier coup d’œil jeté sur la carte, ma surprise fut grande. J’avais présens à l’esprit quelques traits principaux de la description de César, et j’en cherchais vainement la représentation graphique. Je ne pouvais retrouver ni la ceinture de collines d’une même hauteur (colles pari allitudinis fastigio oppidum cingebant), ni la plaine (planities) théâtre de l’engagement de cavalerie, ni ces terrains découverts et en pente douce (loci campestres) où l’armée de secours fit d’infructueux efforts pour forcer les retranchemens de l’assiégeant. La conviction que j’avais puisée dans une première lecture du mémoire de M. Quicherat se trouva fort ébranlée ; je revins au texte de César. À tout l’arsenal de documens que j’avais déjà réunis, je joignis les Éclaircissemens géographiques sur l’ancienne Gaule de d’Anville, et, la carte à la main, je suivis pas à pas le grand capitaine dans sa septième campagne, discutant à part moi toutes les hypothèses que soulevait cette étude, et tentant de les résoudre, non pas victorieusement, Dieu me garde d’une pareille prétention, mais au moins avec une complète indépendance d’esprit. C’est après avoir achevé ce travail solitaire que je lus les divers mémoires dont j’ai rapporté les titres et nommé les auteurs. Je fis largement mon profit de leurs savantes recherches, et si, dans les pages qui vont suivre, il se rencontre quelques idées qui m’appartiennent, le lecteur y trouvera surtout l’analyse et le résumé critique des écrits déjà consacrés à ce sujet.


II.

L’ouverture de la septième campagne de César en Gaule mérite de figurer parmi les plus brillantes opérations dont les annales de la guerre aient conservé la trace. Tout ce vaste territoire qui semblait calme et soumis quelques mois plus tôt est subitement embrasé par une insurrection formidable ; Rome ne peut compter sur ses alliés les plus éprouvés ; la Province est dégarnie ; les légions sont disséminées en quartiers d’hiver ; César est en Italie. Il accourt ; nul obstacle ne l’arrête ; son corps sec et endurci résiste à toutes les fati-