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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/707

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dépêche, qui montrait le gouverneur-général de l’Inde frappé de blâme par son ministre, qui allait apprendre aux populations du royaume d’Oude que le ministre des affaires de l’Inde regardait comme une usurpation l’annexion de ce pays aux possessions anglaises, était un scandale gouvernemental trop violent pour être toléré. En attaquant le ministère de lord Derby sur un pareil terrain, lord Palmerston et ses amis ne semblaient travailler qu’à restaurer la force, l’unité et la dignité du gouvernement. Dans cette conjoncture d’ailleurs, l’union du parti libéral paraissait facile à obtenir. Lord John Russell ne pouvait plus continuer au ministère Derby la protection qu’il lui avait accordée jusque-là ; il devait se réconcilier avec lord Palmerston. La réconciliation a été bientôt faite, et lord John a dîné à Cambridge-House. En outre, lord Canning appartient à cette école d’esprits si distingués qu’on appelle les peelites. Les amis de lord Canning ne pouvaient manquer d’épouser sa querelle et de défendre son honneur contre l’inqualifiable procédé de lord Ellenborough. Les peelites se détacheraient donc du ministère auquel ils avaient accordé leur indulgence, et se rapprocheraient de lord Palmerston. Ce fut en effet un peelite, M. Cardwell, qui se chargea de présenter la motion de censure contre le gouvernement de lord Derby.

Le terrain d’attaque paraissait donc excellent, et tout annonçait la défaite de lord Derby, lorsque la situation fut subitement changée par la retraite volontaire de lord Ellenborough et par les explications qui prouvèrent que lord Derby et ses autres collègues étaient innocens de la publication de la trop fameuse dépêche. À partir de ce moment, lord Palmerston, lord John et les whigs auraient dû comprendre qu’il était impossible de renverser le cabinet tory par un coup de main. La retraite de lord Ellenborough mettait en effet hors de cause l’honneur de lord Canning. Après cette satisfaction, demander à la chambre des communes de punir le ministère de l’indiscrétion déjà expiée de l’un de ses membres, c’était changer le terrain du débat. Le ministère ne demeurait solidaire de lord Ellenborough qu’en un seul point : la condamnation de la politique de confiscation proclamée par lord Canning. L’indiscrétion personnelle de lord Ellenborough, la publication de sa dépêche, était un acte que tous les partis dans la chambre des communes devaient unanimement censurer ; mais, ce prétexte enlevé, quel sens pouvait avoir la motion de censure ? La question se posait alors sur la proclamation même de lord Canning, et la censure du ministère impliquait l’approbation au moins tacite des principes de cette proclamation. Ni l’opinion publique hors de la chambre, ni les libéraux indépendans au sein du parlement ne pouvaient s’associer à un tel vote : l’esprit de parti seul aurait pu entraîner jusqu’à cette injuste extrémité une majorité résolue ; de ce côté, la position de lord Palmerston et de ses amis était encore moins avantageuse. Lord Palmerston, lord John et les whigs n’ont pas su s’assimiler les libéraux indépendans et les radicaux, ni même les peelites, et après avoir commis la faute d’engager et de soutenir la discussion pendant plusieurs jours, ils ont été obligés de conseiller eux-mêmes à M. Cardwell de retirer sa motion.

Le sujet de la motion avait pour ainsi dire disparu du débat ; la vraie question qui s’agitait aux dernières séances, c’était la situation des partis, ou plutôt la situation de ces diverses fractions qui se désignent sous la dénomination