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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/678

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la critique, il l’a tirée de la servitude, il l’a soustraite au patronage des patriciats littéraires. Dire la vérité à l’époque où il s’avisa, pour son malheur, d’avoir cette audace, était un acte de grand courage moral qui, comme toutes les résistances légitimes, fut d’abord traité de rébellion et de révolte. Les poètes et les artistes étaient alors en train de transformer la république des lettres en une oligarchie exclusive et une monarchie despotique. Dans la nouvelle organisation qu’on préparait, les publicistes et les critiques devaient représenter l’ordre des chevaliers ou la classe des affranchis. On inventait pour le poète une nouvelle théorie du droit divin. Les abus qui caractérisent le règne des aristocraties sans contrôle s’étaient déjà manifestés : on qualifiait d’insolence le droit de remontrance et de pétition ; la franchise était considérée comme une révolte, et le critique assimilé au pamphlétaire et au libelliste. Gustave Planche se leva seul en face de cette tyrannie agressive et violente, et organisa une vigoureuse résistance démocratique. Plus d’une fois il sentit les forces lui manquer ; mais il ne se découragea pas, et compta sur le droit et sur le temps pour faire triompher sa cause. Dire la vérité n’est plus chose aussi dangereuse, et mal venu serait le poète ou l’artiste qui croirait pouvoir se soustraire à la loi commune. C’est en vain qu’il voudrait faire gronder sa foudre poétique et rassembler ses nuages ; le ridicule Jupiter tomberait bientôt sous les sifflets. Nous pouvons dire franchement ce que nous pensons, sans avoir à craindre des insolences trop hautaines ou des menées trop ténébreuses ; mais lorsque nous usons aujourd’hui de nos droits de critique dans le calme et dans la paix, exempts de craintes et rassurés contre les persécutions, n’oublions pas que c’est à Gustave Planche plus qu’à tout autre que nous devons le libre exercice de ce droit.


EMILE MONTÉGUT.


— Dans l’étude sur Gustave Planche, publiée dans notre dernier n°, il nous est échappé, page 669, lignes 24 et 25, une inexactitude involontaire que nous nous empressons de rectifier. L’auteur de cette étude a été trompé par les initiales L. V., qui désignaient, dans la pensée de Gustave Planche, non pas M. Ludovic Vitet, mais un homme aussi d’un rare et brillant esprit, mort prématurément et trop vite oublié, M. Loève-Veimars, un des collaborateurs les plus actifs de la Revue dans les premières années de son existence, et sur lequel nous nous proposons de revenir un jour.


V. DE MARS.