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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/667

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de faire une étude sérieuse de la musique, celui des beaux-arts qui lui était le moins familier, quoiqu’il ait porté dans l’analyse des sentimens musicaux et dans l’appréciation des grandes œuvres de Beethoven et de Haydn un goût pénétrant et élevé, ainsi qu’en témoignent quelques articles consacrés aux concerts du Conservatoire de Paris. Il était bien tard alors pour commencer sérieusement une étude si difficile et si compliquée ; sa volonté tenace, un peu entamée déjà par les combats de la vie, s’effraya des difficultés sans cesse renaissantes de cette étude, et il l’abandonna, non sans dépit, il est permis de le croire, car en toutes choses il aimait à comprendre encore plus qu’à sentir. L’impression de plaisir, la sensation raffinée que procure la contemplation des beaux-arts ne lui suffisait pas ; il voulait savoir la raison d’être de ce plaisir, et pénétrer la cause de cette sensation. Ce mécompte léger est le seul probablement qu’il eut à subir pendant ces cinq années de repos studieux et d’oisiveté contemplative. Il était parvenu à s’isoler si complètement, il avait si bien rompu toute communication avec le monde parisien, que les bruits les plus absurdes purent courir sur son compte et trouver créance un instant. Cependant, en son absence, les poètes et les artistes respiraient plus librement ; ils pouvaient se livrer à toutes leurs fantaisies sans avoir à redouter les arrêts de ce juge inexorable, lorsqu’il vint les surprendre par son retour subit. Mais peut-être son tempérament se serait-il amolli en Italie, dans les délices méridionales ?… L’exécution sommaire de M. Marochetti (août 1845) vint bientôt les détromper : il n’avait rien perdu de son ancienne vigueur et de son implacable justice. Son voyage en Italie était loin de l’avoir disposé à plus d’indulgence. Lui qui naguère, avant ce voyage, n’avait pu se résigner à se prosterner devant les poètes étales artistes de la puissante génération romantique, que pourrait-il penser de la race nouvelle des artistes et des poètes qui s’était révélée en son absence ? Il n’avait pas admiré sans réserve le Vœu de Louis XIII et la Barque de Dante : se courberait-il devant la Femme piquée par un serpent et la Décadence romaine ? Il avait vivement contesté la valeur dramatique de Victor Hugo, accepterait-il docilement Agnès de Méranie ? Ces succès scandaleux aujourd’hui justement oubliés, ces œuvres laborieuses ou habiles, simulacres et singeries de l’art sérieux, trouvèrent d’abord en lui un censeur impitoyable. Cependant, à mesure que les années s’écoulèrent, et que les œuvres applaudies du public devinrent de plus en plus inférieures en même temps qu’elles devenaient plus rares, il se sentit disposé à plus d’indulgence. Tous ses efforts n’avaient pu empêcher le goût public de se corrompre ; les œuvres qui enlevaient maintenant les suffrages auraient à peine attiré l’attention quelques années auparavant. Le niveau de l’art et le niveau