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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/623

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science avait jeté la discorde parmi eux. Était-il permis de recourir au ministère des prêtres qui avaient été ordonnés depuis les réformes de Nikon ? Cette question fut diversement résolue : une partie des vieux croyans décida que les prêtres nikoniens pouvaient être accueillis à de certaines conditions, beaucoup d’autres furent d’un avis opposé. Les vieux croyans de la première catégorie prirent le nom de popovtchina (communautés avec prêtres), et ils le portent encore. Le centre de toutes leurs associations s’établit à Vetka, village polonais où la persécution avait relégué quelques-uns de leurs chefs. Le gouvernement toléra pendant quelque temps l’existence de ce foyer d’hérésie ; mais en 1735 une division de troupes russes investit Vetka. Tous les habitans, au nombre de quarante mille, furent emmenés en Russie et dispersés dans le pays. Cette expédition n’eut point tout le résultat que le gouvernement en attendait. Les principaux colons de Vetka demandèrent l’autorisation de transporter leur église sur le territoire qui avait été peuplé par leurs coreligionnaires dans l’Ukraine russe, près de Staradoub [1]. On la leur accorda ; la colonie de Staradoub acquit bientôt une grande renommée : elle compta un couvent, un grand nombre d’églises, et plus de cinquante mille habitans. La communauté de Vetka ne tarda point de son côté à renaître, et cinq ans après sa destruction elle avait retrouvé presque toute son importance.

La seconde branche du schisme, les vieux croyans qui ne voulurent point accueillir les prêtres consacrés suivant le nouveau rite, avaient pris le nom de bezpopovtchina (communautés sans prêtres). Leur développement ne fut pas moins rapide : c’est dans le nord du pays, sur les bords de la Mer-Glaciale, que cette division du schisme prit le plus d’extension. Les vieux croyans qui s’y rattachèrent avaient pour centre un couvent célèbre, celui de Wygoretsk, fondé en 1694. Au lieu de prêtres, ils choisissaient dans leurs rangs des hommes d’une vie austère, investis d’une sorte d’autorité spirituelle ; mais ces laïques ne pouvaient conférer qu’un seul sacrement, le baptême : il en résulta que toutes les communautés de cet ordre durent renoncer à l’emploi des autres sacremens. Dans les sombres retraites qu’ils habitaient, leur fanatisme s’accrut, et bientôt des divisions nombreuses éclatèrent parmi eux. La plus célèbre est celle des théodosiens, qui date de l’année 1706, et se répandit dans toutes les provinces de l’empire, en Sibérie, et jusqu’en Pologne.

Tel est, du moins dans ce qu’il a de plus mémorable, le passé

  1. Le gouvernement ignora pendant longtemps l’existence de la colonie de Staradoub ; mais, lorsque les Suédois envahirent la Russie, les habitans de ce district s’armèrent et défirent un corps ennemi. L’empereur Pierre Ier, l’ayant appris, leur accorda des priviléges de bourgeoisie et la possession des terres seigneuriales qu’ils occupaient.