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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/621

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potique dans un ordre de débats qui relève exclusivement de la conscience. Pour en demeurer convaincu, il suffit de jeter un coup d’œil sur l’origine et la marche de ce mouvement religieux.

Bien avant que l’Allemagne se fût soulevée, à la voix de Luther, contre les désordres et les abus du catholicisme, l’ignorance, l’inconduite, la simonie et l’esprit de concussion du clergé, surtout des prêtres de campagne, avaient excité une profonde indignation dans le peuple russe, si accessible de tout temps à l’exaltation religieuse. Ces dispositions éclatèrent pour la première fois en 1391 ; un diacre et un laïque, tondeur de bestiaux (strigolnik) de son état, se mirent à la tête de ce mouvement à Pskov, et les hommes qu’ils entraînèrent reçurent le nom de strigolniks. Ce parti religieux professait à peu près les mêmes principes que les vieux croyans d’aujourd’hui. L’anathème de l’église et les persécutions des autorités civiles n’en vinrent à bout qu’en 1406. Pendant plus d’un siècle, l’église russe n’eut plus de combats spirituels à soutenir ; mais la division régnait dans son sein, et les abus qui avaient provoqué le schisme des strigolniks n’avaient point cessé. Cet état de choses amena une seconde protestation, non moins redoutable que la première. Les nouveaux dissidens professaient, pour l’Ancien-Testament et certaines cérémonies en usage chez les Juifs, un respect dont on n’a point pénétré le véritable motif ; les hérésiarques de ce parti sont connus sous le nom de judaïsans. La persécution acheva de les réduire en 1503, et leur nom disparut de l’histoire. Cependant les classes inférieures restaient en proie à une sourde agitation. Le clergé russe lui-même n’était point d’accord sur certains articles de foi : un concile convoqué en 1551 se sépara sans pouvoir porter remède à cette anarchie spirituelle.

Au commencement du xviie siècle, le pays fut longtemps déchiré par la guerre civile, et de tristes préoccupations firent oublier les discordes religieuses jusqu’à l’époque où, le calme une fois rétabli, l’archevêque Nikon, favori du tsar Alexis, père de Pierre Ier, se mit en devoir de réformer le culte. Les changemens qu’il y introduisit furent désapprouvés par le peuple et une partie du clergé : le patriarche lui-même les condamna ; mais Nikon ne tint aucun compte de cette opposition, et lorsqu’à la mort du patriarche il revêtit la plus haute dignité de l’église, il résolut de compléter ses réformes en soumettant les livres saints à une révision qu’aucun des prédécesseurs d’Alexis n’avait pu mener à bonne fin. La tentative du nouveau patriarche avait un double but. Il y avait chez Nikon un réformateur religieux et un homme politique. Le premier, non sans raison, voulait ramener à leur pureté primitive les rites et les textes sacrés de l’église grecque, altérés plus ou moins gravement depuis