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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/603

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intervention. Grâce à l’entremise des consuls, la paix fut maintenue à la condition que la possession du territoire des Drékalovitchi resterait provisoirement indécise entre les Turcs et les Monténégrins. Les Turcs, comme toujours, furent les premiers à rompre cette trêve. Au mois d’octobre 1857, les Drékalovitchi, menacés d’une annexion par les Turcs, vinrent à Cétinié implorer la clémence du prince et le prier de les prendre sous sa protection. Cent vingt chefs de famille prirent part à cette démarche. Le prince les accueillit favorablement. Les Turcs envoyèrent des troupes pour les châtier, mais les préparatifs de défense des Koutchi et des tribus voisines les réduisirent à l’inaction. Sur ces entrefaites, les consuls qui avaient signé la convention de 1856 prièrent Danilo de rentrer dans les termes de cet arrangement. Le prince ayant obtempéré à leur demande, la trêve fut rétablie. Ainsi se termina pacifiquement une affairé dont les mauvaises dispositions du pacha de Scutari et du général turc Ali-Pacha avaient un moment paru rendre l’arrangement tout au moins problématique [1].

Nous avons déjà indiqué en passant les réformes civiles et administratives par lesquelles le prince Danilo a rendu son peuple digne de la place qu’il revendique pour lui. Les sénateurs s’étaient partagé le pays, et chacun, tout en respectant la circonscription de son voisin, régnait en maître dans son district. Sous leur autorité, les abus en matière d’impôts ou de redevance se multipliaient, et les dénis de justice étaient presque passés en habitude. Les familles les plus puissantes (c’est-à-dire celles qui pouvaient soutenir leurs prétentions avec le plus dénommes armés) composaient avec ces chefs pour s’assurer l’impunité. Danilo prit la défense du peuple contre ses oppresseurs. Il dégrada quelques sénateurs, en suspendit d’autres, veilla à la stricte exécution de la justice, habitua le peuple à appeler à lui de toutes les sentences des magistrats locaux, et, assistant chaque jour aux jugemens du sénat, le força ainsi à respecter les droits de chacun. Ensuite il fit réunir les coutumes des différens districts, s’aida du code antique de l’empereur Douchan le Fort, des tentatives de législation des vladikas ses prédécesseurs, et promulgua, le jour de la Saint-George 1855, un code en quatre-vingt-treize articles établissant les principes d’un droit national à la fois politique, civil et pénal. Chaque juge dut, dans le prononcé de chacun de ses jugemens, indiquer sur quel article il appuyait

  1. Un mois auparavant, Ali s’était vu arrêté devant une insurrection des Vassoïévitchi. Cette tribu slave, dépendante de la Turquie, demandait la réparation de certaines avanies dont elle se prétendait victime. Ali-Pacha avait dû faire droit à ses plaintes, mais il s’était promis de venger sur les Monténégrins cette retraite d’un corps d’armée musulman devant une insurrection chrétienne.