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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/599

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Aussitôt après cette pacification, dans les premiers jours de 1853, le prince Danilo se rendit à Vienne pour remercier l’empereur d’Autriche de l’appui que son gouvernement avait accordé au Monténégro. On prétend qu’à cette occasion il fut question d’engager le prince du Monténégro à accepter le protectorat de l’Autriche. On promettait au prince des avantages de toute nature, un fort subside annuel et l’intervention suivie et énergique auprès du gouvernement ottoman pour la restitution des îles du lac de Scutari, vainement demandée par la Russie. Avant de se prononcer et d’admettre une sorte de suzeraineté de la part d’un état voisin aussi puissant, le prince demanda le temps de la réflexion.

Sur ces entrefaites, le président du sénat monténégrin, Pero Tomo, tenta de s’emparer du pouvoir par une nouvelle conspiration, dans laquelle il entraîna quelques familles de sénateurs et de chefs héréditaires qui voyaient leur autorité oligarchique diminuer chaque jour par suite des réformes du prince. Le complot fut découvert ; Pero et ses adhérens se réfugièrent en Autriche. Le gouvernement autrichien, qui n’avait reçu encore aucune réponse à ses avances, crut qu’en accueillant Pero Tomo et ses complices, il se créerait par la crainte un puissant moyen d’action sur le prince Danilo. Tout au contraire, les faveurs accordées aux fugitifs par l’étranger ruinant irrévocablement le crédit de Pero, le prince se vit obligé de rejeter les ouvertures faites à l’époque de son voyage à Vienne.

Le Monténégro délivré de l’invasion et rassuré contre les discordes civiles, le prince Danilo n’avait plus qu’à porter tous ses soins sur l’organisation intérieure. Bien des difficultés lui avaient été léguées par son prédécesseur, d’autres avaient surgi pendant la guerre. Le prince les aborda franchement. Tout d’abord il resserra les liens de la centralisation, chercha les moyens de détruire les abus qui s’étaient introduits dans l’administration de la justice, et purgea le pays des voleurs par des châtimens sévères infligés aux récidivistes. Les frontières surveillées du côté de l’Autriche surtout, les tchétas (incursions) défendues sous peine de mort, permirent aux habitans du littoral dalmate de vivre en toute sécurité. Il fut ordonné de respecter dans l’Herzégovine les biens des sujets ottomans chrétiens ; les incursions contre les musulmans seuls furent tolérées.

Les fruits d’une telle conduite ne se firent pas attendre. L’influence du prince Danilo s’accrut par les preuves qu’il donnait de son énergie à l’intérieur plus peut-être qu’elle n’aurait grandi par une guerre heureuse. Les villes ou plutôt les tribus turques groupées autour de son territoire lui demandèrent la paix ; il fit des trêves particulières avec elles, et souvent sur leurs instances il leur envoya