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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/588

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affaires du même genre, on peut affirmer qu’un grand nombre de compagnies minières donnent à leurs actionnaires 7 pour 100, 10 pour 100, et même plus.

Quand même l’industrie houillère, débarrassée des entraves qu’engendrait l’état arriéré de nos voies de communication, ne serait pas reconnue capable de marcher toute seule, il ne faudrait pas s’en effrayer beaucoup. La stagnation de nos mines de combustibles ne serait pas aussi préjudiciable aux intérêts généraux qu’on veut bien le dire : elle pourrait sans doute provoquer une lésion momentanée de quelques intérêts privés ; mais on doit plutôt se demander, en puisant un argument dans la nature spéciale de la’ propriété souterraine, s’il ne serait pas plus prudent de laisser nos voisins épuiser leurs richesses en nous en inondant selon l’expression consacrée, si, loin de provoquer des excès d’extraction par une protection énergique, il ne serait pas plus sage de calmer nos industriels par un régime de liberté. Le comité des houillères n’est pas de cet avis, car il se demande au contraire s’il n’y a pas un grand intérêt à restreindre les importations étrangères et à développer la production indigène, s’il n’eût pas été d’une bonne économie politique de commencer par entrer dans cette voie avant d’exciter l’accroissement de la consommation, solution qui m’eût semblé difficile à faire passer de la théorie dans la pratique. Il se pose cette question : la houille doit-elle être protégée, alors même que la production est inférieure à la consommation ? Et, certain que la consommation doit se compléter pour un tiers au moyen des houilles étrangères, il se croit autorisé à répondre affirmativement. Ne serait-il pas plus logique et plus conforme aux données de l’expérience de conserver cette houille qui, déposée au sein de la terre en quantité limitée, serait toujours à notre disposition lorsque le besoin viendrait à s’en faire sentir ? Ce serait faire sur une plus grande échelle ce que font la plupart des compagnies qui possèdent plusieurs mines, comme celle des mines de la Loire ou celle des mines du Maine, qui, invoquant l’aménagement rationnel de la propriété minérale, demandent toujours à l’administration l’autorisation de fermer un certain nombre d’exploitations pour cause d’inutilité. Sur plusieurs points, on est rentré dans les travaux de nos prédécesseurs, qui n’avaient pas complètement épuisé les gîtes ; quand viendront les temps de rareté et de cherté pour la houille, nos successeurs rentreront certainement dans une partie des travaux où on a laissé dédaigneusement les charbons de médiocre qualité. Si, par suite de circonstances politiques, la Belgique ou l’Angleterre venait à nous manquer, nous retrouverions nos houillères, et le temps et les dépenses qu’exigerait la reprise de l’exploitation se trouveraient largement compensés par les économies de combustible que la