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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/564

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topographique. Au centre de la France sont des mines de houille d’une grande richesse ; au nord et à l’est, il en est de même depuis que des découvertes relativement récentes ont constaté la présence sous notre sol des prolongemens des riches bassins de la Belgique et de la Prusse rhénane. Le reste de nos frontières de terre et de mer ne présente rien, ou présente fort peu de chose. Au nord, les bassins houillers de la Grande-Bretagne peuvent, grâce à la mer, approvisionner facilement tout le littoral de l’Océan ; au midi, les mines des Asturies, encore à peu près inexploitées, mais destinées à un grand avenir, doivent un jour ou l’autre fournir une partie de la consommation des départemens limitrophes des Pyrénées. Du côté de la Savoie et de la Suisse, il n’y a de houille ni en-deçà ni au-delà des frontières. On voit dès lors que les domaines respectifs des houilles indigènes et étrangères sont en quelque sorte nettement tracés, et qu’il n’y aurait qu’à en laisser opérer le partage par une libre concurrence des intérêts privés. C’est pourtant, comme on va le voir, ce qui n’a jamais été fait jusqu’à ce jour ; c’est ce qui se fera vraisemblablement dans un avenir prochain.

Le régime douanier de la houille étrangère en France date, à proprement parler, du tarif célèbre du 18 septembre 1664, qui régla jusqu’à la révolution de 1789 les droits d’entrée et de sortie des marchandises de toute nature. Antérieurement à cette origine réelle du système protecteur, la moyenne des droits perçus sur le charbon de terre venant de l’étranger pouvait être de Il sols par baril de 250 livres, c’est-à-dire, en langage moderne, de 16 centimes par quintal métrique. On sait que Colbert avait pour principe commercial de fermer l’entrée du royaume à tous les produits manufacturés d’origine étrangère pouvant faire concurrence à nos produits similaires, et de favoriser autant que possible l’introduction des matières premières nécessaires à l’industrie nationale. Il avait eu également pour but, dans le tarif de 1664, de rendre uniforme la perception des droits de traite, dont l’embarrassante hétérogénéité avait déjà été avant lui l’objet d’attaques restées sans résultat, il est vrai, et de reporter toute cette perception aux frontières du royaume. Malheureusement cette tentative, bien digne du grand ministre de Louis XIV, était venue échouer devant l’inertie de certaines provinces, qui voulurent garder leurs tarifs spéciaux, et furent, pour cette raison, désignées sous le nom de provinces réputées étrangères, alors que les provinces qui acceptèrent le tarif général étaient dites des cinq grosses fermes ; enfin les provinces qui ne voulaient pas de tarif du tout, et que nous appellerions aujourd’hui libres échangistes, reçurent la dénomination de provinces d’étranger effectif. Ce rappel du singulier état économique de la France à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle n’est point inutile pour l’intelligence complète du régime