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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/535

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maître, divulguait les clauses de son testament sous la condition de conserver durant la régence une charge dont cette trahison le rendait encore plus indigne que son incapacité. Il n’est pas jusqu’au maréchal de Villeroy, cette vivante incarnation du génie de l’ancienne cour, qui ne se montrât disposé à traiter durant l’agonie du monarque dont la faveur constante avait protégé son insolente médiocrité. Le parlement, auquel le duc d’Orléans n’était pas moins antipathique par ses allures novatrices que par le dérèglement de ses mœurs, et qui venait de faire déposer sous une barrière d’airain l’acte solennel commis à sa garde en protestant de mourir pour en maintenir l’intégrité, le parlement, quoique engagé par le premier président de Mesmes dans l’intérêt des princes légitimés, ne tenta pas une résistance impossible, aimant mieux profiter pour son compte d’une révolution inévitable que de se briser en lui résistant. Ce fut ainsi que la cassation universellement consentie du testament royal devint le dernier mot et comme le châtiment du règne.

L’édit de 1714, qui avait attribué aux bâtards, antérieurement investis du titre et des prérogatives des princes du sang, un droit de successibilité à la couronne, avait consommé contre la conscience publique et contre la nation un attentat jusqu’alors réputé impossible ; mais cet excès d’audace avait été compromis par un excès d’imprévoyance et par des clauses en contradiction patente avec les idées les plus connues de Louis XIV. Par les divers codicilles ajoutés à son testament pour assurer l’état de ses enfans naturels, le roi préparait des armes terribles contre les édits qu’il avait imposés à l’enregistrement de ses cours de justice, et son œuvre allait crouler sous les précautions mêmes dont il avait pris soin de l’étayer.

En conférant au duc du Maine la tutelle et la garde de l’enfant royal, en l’investissant d’une autorité sans contrôle sur toute la maison militaire du jeune roi, Louis XIV paraissait sceller du fond de la tombe le déshonneur de son neveu, plaçant ainsi le duc d’Orléans dans l’alternative de faire déchirer le testament ou de demeurer sous une suspicion permanente d’assassinat. En n’attribuant au premier prince du sang que la présidence d’un conseil de régence où la majorité appartenait à ses ennemis, il organisait la lutte et l’antagonisme dans le gouvernement, et de sa propre main ouvrait devant la France, durant quinze années, une carrière d’impuissance et d’anarchie. De tels actes étaient donc par leur nature même en opposition avec tous les principes de Louis XIV comme homme et comme souverain. Chrétien sincère, revenu depuis longtemps à des habitudes régulières, ce prince commettait contre la sainteté du mariage un attentat devant lequel avait reculé le despotisme jusque dans les sociétés païennes. En frayant à ses bâtards les voies du trône, il réhabilitait l’adultère ou déshonorait la royauté ; souverain