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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/520

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figure, qui, je l’espère, n’est pas celle d’une méchante personne, je dois vous dire mon nom. C’est un nom qui vous est bien connu… Mais je suis intimidée de vous voir rester debout, quand moi, je suis assise sur l’unique fauteuil de cette chambre. Je sais le respect que je dois à un homme de votre mérite,… j’allais dire de votre âge, car je m’étais, je ne sais pourquoi, habituée à l’idée de vous voir très vieux, tandis que vous me paraissez beaucoup plus jeune que le baron.

— Vous me faites trop d’honneur, répondit Cristiano en enfonçant sur ses yeux et le long de ses joues le bonnet fourré à oreillettes rabattues ; je suis vieux, très vieux ! Il n’y a que le bout de mon nez qui puisse paraître jeune, et je suis forcé de vous demander pardon de ne pas me découvrir en votre présence, mais votre visite m’a surpris… J’avais ôté ma perruque, et me voilà forcé de vous cacher comme je peux mon crâne chauve.

— Ne faites donc aucune cérémonie, monsieur Goefle, et daignez vous asseoir.

— Si vous le permettez, je resterai debout près du poêle à cause de ma goutte, qui me tiraille, répondit Cristiano, qui se trouvait placé ainsi la tête dans l’ombre, tandis que la maigre clarté de la bougie se portait tout entière sur son interlocutrice. Veuillez me dire à qui j’ai l’honneur…

— Oui, oui, répondit-elle vivement. Oh ! sans m’avoir jamais vue, vous me connaissez bien ! C’est moi qui suis Marguerite.

— Ah ! vraiment ? s’écria Cristiano du ton dont il eût dit : Je n’en suis pas plus avancé. Heureusement la jeune fille était pressée de s’expliquer. — Oui, oui, reprit-elle, Marguerite Elvéda, la nièce de votre cliente.

— Ah ! ah ! ma cliente…

— La comtesse Elvéda, sœur de mon père le colonel, qui était l’ami du malheureux baron.

— Le malheureux baron ?…

— Eh ! mon Dieu, le baron Adelstan, dont je ne prononce pas sans émotion le nom dans cette chambre, et qui a été assassiné par des mineurs de Falun,… ou par d’autres ! car enfin, monsieur, qui sait ? êtes-vous bien certain que ce fussent des ouvriers de la mine ?

— Oh ! pour cela, mademoiselle, si quelqu’un peut jurer sur l’honneur qu’il n’en sait rien du tout, c’est votre serviteur, répondit Cristiano d’un ton pénétré, qui, interprété autrement par la jeune fille, parut la frapper vivement.

— Ah ! monsieur Goefle, dit-elle avec vivacité, je le savais bien, que vous partagiez mes soupçons ! Non, rien ne m’ôtera de l’idée que toutes ces morts tragiques dont on a parlé, et dont on parle en-