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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/508

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Mais Nils se serait fait tuer plutôt que de bouger ou seulement de répondre, et M. Goefle, ne sachant ce qu’il était devenu, prit le parti d’aller seul à la découverte.

Il ne fut pas peu surpris de se trouver face à face avec un véritable âne au milieu de la chambre de l’ourse, un bel âne en vérité, tel que jamais il n’en avait vu en Suède, et d’une si honnête figure qu’il était impossible de lui faire un mauvais accueil et de prendre sa visite en mauvaise part.

— Eh ! mon pauvre ami, lui dit en riant M. Goefle, d’où sors-tu ? Que viens-tu faire en ce pays, et que viens-tu me demander ?

Si Jean eût eu le don de la parole humaine, il eût répondu que, caché sous l’escalier, où personne n’avait eu l’idée de regarder, il avait fait un somme en attendant avec confiance le retour de son maître, mais que, ne le sentant pas revenir, et commençant à avoir grand’faim, il avait perdu patience et pris le parti de défaire la corde, qui l’attachait fort peu, pour venir demander à souper à M. Goefle.

Celui-ci devina sa pensée avec une grande perspicacité, mais ne comprit pas comment Ulph, qu’il supposait chargé de la garde de cet âne, lui avait donné pour écurie la redoutable chambre du Stollborg. Il bâtit un monde de suppositions dans sa tête. Cet animal étant une rareté dans les pays froids, le baron, qui avait un attelage de rennes, autre rareté dans cette région, trop froide pour les ânes et pas assez froide pour les rennes, y tenait probablement beaucoup, et avait dû charger les gardiens de son vieux château de le soigner et de le tenir dans un local bien chauffé. Voilà pourquoi, se dit M. Goefle, j’ai trouvé le poêle allumé ; mais pourquoi Ulph, au lieu de me dire tout bonnement la vérité, a-t-il fait semblant de croire la chambre toujours hantée ? Voilà ce que je ne m’explique pas. Peut-être avait-il reçu l’ordre de calfeutrer une écurie ad hoc, et ne l’ayant pas fait, peut-être a-t-il voulu cacher sa négligence, espérant que je me dégoûterais de la chambre, ou que je ne m’apercevrais pas de la présence de cet étrange compagnon… — Quoi qu’il en soit, ajouta M. Goefle en s’adressant gaiement à Jean, dont la figure le divertissait, je t’en demande bien pardon, ô mon pauvre âne, mais je ne suis pas disposé à te garder si près de moi. Tu as la voix très belle, et j’ai le sommeil fort léger. Je vais te conduire auprès de Loki, dont le voisinage te réchauffera, et dont tu voudras bien, pour cette nuit, partager le souper et la litière. Allons, Nils ! ici, mon enfant, il faut m’éclairer jusqu’à l’écurie !

Ne recevant aucune réponse, M. Goefle fut obligé de retourner dans la chambre de garde, de découvrir la cachette de Nils, de l’en tirer par une patte et de l’apporter, bon gré, mal gré, sur le dos de