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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/507

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longtemps qu’il n’avait eu affaire dans l’intérieur, qu’il eut quelque peine à trouver la première de ces deux portes. Il la cherchait en face de celle par laquelle il était entré, et il avait raison ; mais au lieu d’être sur le même alignement, elle était sur la gauche, et dissimulée dans la boiserie, comme celle que Cristiano avait découverte par hasard sous l’escalier, et dont ni le docteur ni Ulphilas ne soupçonnaient l’existence. Ce système de portes bien closes et sans serrures apparentes n’était cependant pas une affectation de mystère : c’était tout simplement l’exécution soignée d’un revêtement de menuiserie, exécution qui devient presque un art dans les pays froids.

M. Goefle, une fois en possession d’une chambre à deux lits qui avait été remise à neuf une dizaine d’années auparavant, et qui était assez comfortable, n’eut pas la peine de chercher dans l’armoire. Le premier objet que ses yeux rencontrèrent en se portant sur la cheminée fut une paire de lourds flambeaux à trois branches portant chacun trois bougies entières. Il était temps ; le bout de chandelle expirait dans la lanterne.

— Puisque nous voilà sûrs de ne pas rester dans l’obscurité, dit M. Goefle au petit, faisons tout de suite notre ménage ici. Allume le feu, je tirerai les draps de l’armoire.

Les draps étaient placés sur les lits avant que Nils eût réussi à autre chose qu’à remplir la chambre de fumée. Quand il fut question de faire ces lits, qui étaient fort grands, il n’imagina rien de mieux que de monter dessus pour atteindre le milieu du traversin. M. Goefle eut fort envie de se fâcher, mais, voyant que cela n’amènerait que des pleurs, il se résigna à faire tout seul non-seulement son lit, mais encore celui de son petit laquais.

Il n’avait jamais fait cette besogne, et pourtant il allait en venir à son honneur, lorsqu’il fut interrompu par un bruit formidable partant de la chambre de l’ourse, dont les portes étaient restées ouvertes. C’était comme un hurlement âpre, éclatant, et cependant burlesque. Nils se laissa tomber à quatre pattes et trouva prudent de se cacher sous le lit, tandis que M. Goefle, l’œil écarquillé et la bouche ouverte, se demandait, sans terreur, mais avec un grand étonnement, d’où pouvait provenir un pareil chant. — Si, comme je le crois bien, pensa-t-il, c’est quelque mauvais plaisant qui veut m’effrayer, il imite d’une singulière façon le grognement de l’ourse. C’est bien plutôt la voix de l’âne qu’il reproduit, et cela dans une rare perfection ; mais me prend-il pour un Lapon de s’imaginer que je n’aie jamais entendu braire un baudet ?

— Allons, allons, Nils, dit-il en cherchant son petit laquais, il n’y a point là de magie ; allons voir ce que c’est.