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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/505

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— C’est que j’ai peur des ours, répondit le brave Nils, et vous avez parlé de la grande ourse à Falun avec M. le pasteur. Je l’ai bien entendu !

— Moi ? j’ai parlé de la grande ourse ? Ah ! oui, c’est vrai ! Le pasteur s’occupe d’astronomie, et nous disions… Mais rassure-toi, vaillant jeune homme ! Nous parlions de la constellation de la grande ourse qui est dans le ciel.

— Ah ! elle est dans le ciel, la grande ourse ! s’écria Nils tout joyeux. Alors elle n’est pas ici ? Elle ne viendra pas dans cette chambre ?

— Non, dit en riant l’avocat. Elle est trop loin, trop haut ! Si elle voulait descendre, elle se casserait les pattes. Donc, tu n’en as plus peur ?

— Oh ! non, plus du tout ! Pourvu qu’elle ne tombe pas !

— Bah ! elle est attachée là-haut par sept clous de diamant d’une belle taille, va !

— C’est donc le bon Dieu qui l’a clouée parce qu’elle était méchante ?

— Probablement ! À présent tu ne la crains plus ?

— Oh ! non ! fit Nils avec un geste profondément sceptique.

— Alors va-t’en chercher Ulph pour lui dire…

— Monsieur Goefle, vous avez aussi parlé de l’homme de neige !

— Oui. Ah ça ! tu écoutes donc ce que l’on dit, toi ?… C’est agréable !

— Oh ! oui, monsieur Goefle, répondit Nils ingénument, j’écoute tout, moi !

— Et qu’est-ce que c’est, selon toi, que l’homme de neige ?

— Je ne sais pas. M. le pasteur vous disait tout bas en riant : — Vous allez donc voir l’homme de neige ?

— Il voulait parler d’une montagne qui s’appelle comme ça, apparemment.

— Oh ! que non ! Vous avez dit : « Est-ce qu’il marche toujours aussi droit ? » Et le pasteur a répondu : « Il chasse toujours sur son lac. » Oh ! je comprends bien le suédois, allez ! aussi bien que le dalécarlien !

— D’où tu conclus…

— Qu’il y a, sur le lac où nous avons passé tout à l’heure, un grand homme de neige qui marche !…

— C’est ça ! et qui est suivi d’un grand ours ! Tu as de l’imagination, petit ! Est-ce un ours blanc ou un noir ?

— Je ne sais pas, monsieur Goefle.

— Il faudrait pourtant savoir ça avant de nous décider à souper dans cette chambre. S’ils allaient venir se mettre à table avec nous ?