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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/495

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core, ô mon sublime compagnon ! écoute bien une fois pour toutes…

— Qu’est-ce qu’il y a ? dit Puffo, qui s’était déjà disposé à sortir en resserrant les ficelles au moyen desquelles ses peaux de mouton tenaient à son corps.

— D’abord, reprit Cristiano, tu me donneras le temps d’allumer une des bougies de ce lustre avant d’emporter la lanterne.

— Et le moyen de les atteindre ? Je ne vois pas beaucoup d’échelles dans votre damnée chambre de l’ourse !

— Tiens-toi là, je vais grimper sur tes épaules. Tu es solide ?

— Allez ! Vous n’êtes pas bien lourd !

— Vois-tu, mon camarade, dit le patron debout, les deux pieds sur les larges épaules de Puffo, se tenant d’une main à une des branches du lustre et de l’autre s’efforçant d’arracher une des bougies de la bobèche, sans se faire tomber dans les yeux les toiles d’araignées chargées de poussière ; je n’ai pas précisément l’honneur de te connaître. Il y a trois mois que nous voyageons de compagnie, et, sauf un peu trop de goût pour le cabaret, tu ne me parais pas un méchant garçon ; mais il se peut que tu sois une franche canaille, et je ne suis pas fâché de te dire…

— Eh ! dites donc, vous ! reprit Puffo en se secouant un peu, si vous vous dépêchiez là-haut, au lieu de me faire la morale ? Vous n’êtes pas si léger que je croyais !

— C’est fait ! répondit Cristiano en sautant lestement par terre, car il lui avait semblé sentir chez son camarade la tentation de le laisser tomber ; j’ai ma bougie, et je continue mon discours. Nous sommes pour le moment deux bohémiens, Puffo, deux pauvres coureurs d’aventures ; mais, moi, j’ai coutume de me conduire en homme d’esprit, tandis que tu prends quelquefois plaisir à te comporter comme une bête. Sache donc qu’à mes yeux la plus grande sottise, la plus basse platitude qu’un homme puisse faire, c’est de s’adonner au métier de larron.

— Où m’avez-vous vu larronner ? demanda Puffo d’un air sombre.

— Si je t’avais vu larronner en ma compagnie, je t’aurais cassé les reins, mon camarade ; c’est pourquoi il est bon que je t’avertisse une bonne fois de l’humeur dont je suis. Je t’ai dit tout à l’heure : Tâchons de nous procurer à souper par persuasion ou par adresse. Cela, c’est notre droit. On nous fait venir dans ce paradis de neige pour réjouir de nos talens une nombreuse et illustre société. On nous envoie l’argent du voyage ; si nous ne l’avons plus, ce n’est pas notre faute. On nous promet une bonne somme, dont je prétends te faire part généreusement, bien que tu ne sois qu’apprenti où je suis maître ; nous devons nous tenir pour satisfaits, à la condition toutefois qu’on ne nous laissera pas mourir de froid et de faim. Or il