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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/494

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docilement sur son dos ce que deux chevaux ne porteraient peut-être pas sans se faire prier !

— C’est égal, reprit Puffo, agenouillé devant le poêle, qui commençait à gronder et à faire mine de se bien conduire, vous auriez dû le vendre à Stockholm, où il faisait envie à tant de gens.

— Vendre Jean ? pour qu’il soit empaillé dans un musée ? Ma foi non ! Voilà une année de bons services qu’il m’a rendus, et je l’aime, moi, ce fidèle serviteur. Qui sait, Puffo, si j’en pourrai dire autant de toi dans un an ?

— Merci, patron Cristiano ! ça m’est égal. Je ne suis pas pour le sentiment, moi, et je me moque bien de l’âne, pourvu que je trouve à boire et à manger quelque part.

— Ça, c’est une idée. Le sentiment n’empêche pas l’appétit, et j’ai aussi une faim de tous les diables. Voyons, Puffo ; soyons judicieux et récapitulons. On nous a dit au château neuf : Il n’y a pas de place ici pour vous. Quand vous viendriez au nom du roi, vous ne trouveriez pas un coin grand comme la main pour vous loger. Allez voir à la ferme. À la ferme, on nous a dit la même chose ; mais on nous a donné une lanterne en nous montrant un chemin frayé sur la glace du lac, et en nous conseillant d’aller au château vieux. Le chemin n’était pas joli, j’en conviens, à travers ces tourbillons de neige ; mais il n’est pas long. Dix minutes de marche tout au plus !

— Il m’a semblé long d’une heure, reprit Puffo. Je ne craignais pas la glace, mais depuis l’aventure du lac Wettern…

— Il faut pourtant que tu te décides à repasser ce bout de lac, si tu veux souper.

— Et si on nous renvoie de la ferme comme on nous a renvoyés du château neuf ? On nous dira peut-être qu’il y a trop de monde à nourrir, et qu’il ne reste pas un morceau de pain pour des gens faits comme nous.

— Le fait est que nous n’avons pas bonne mine. C’est ce qui me fait craindre d’être reçu à coups de fusil par ce bon M. Stenson, le vieux régisseur qui demeure quelque part ici, et qui est fort maussade, à ce qu’on assure ; mais écoute, Puffo : ou le bonhomme dort serré, puisque nous avons pu enfoncer la porte du préau et arriver jusqu’à cette chambre sans obstacle, ou le vent fait un bruit qui couvre tout. Eh bien ! nous allons nous introduire furtivement dans sa cuisine, et c’est bien le diable si nous n’y trouvons pas quelque chose.

— Merci, dit Puffo, j’aime encore mieux repasser le lac et aller à la ferme. Là, les gens, quoique affairés, étaient fort polis, tandis que le vieux Stenson est méchant et rageur, à ce qu’il paraît.

— Suis ton inspiration, mon bon Puffo, et marche ! Apporte, s’il se peut, de quoi nous réchauffer l’estomac ; mais écoute en-