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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/492

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commode pour dormir, semble fourvoyé dans l’austère compagnie de ces chaises vermoulues à grands dossiers, qui depuis plus de vingt ans n’ont pas quitté la muraille. Enfin, dans un angle opposé à celui de l’escalier, un vieux lit à quatre colonnes torses, garni de rideaux de soie usée, ajoute par son délabrement à l’aspect sinistre et désolé du local.

Mais retirons-nous, lecteur, La porte s’ouvre, et vous êtes forcé désormais de vous en rapporter à moi pour savoir de quels événemens passés et futurs je viens de vous montrer le théâtre.

I.

Il y avait un bon quart d’heure que l’on frappait et sonnait à la porte extérieure du gothique manoir de Stollborg ; mais la bourrasque soufflait si fort, et le vieux Stenson était si sourd !… Il était bien servi par son neveu, qui avait l’oreille moins dure ; mais ce neveu, le blond et colossal Ulphilas, croyait aux esprits, et ne se souciait pas d’aller leur ouvrir. M. Stenson (l’ancien régisseur du baron de Waldemora), malingre et d’un caractère mélancolique, habitait un des pavillons du vieux castel délabré et délaissé dont il avait la jouissance et la garde. Il lui sembla bien que l’on frappait à la porte du préau, mais Ulphilas lui fit judicieusement observer que les lutins et les trolls du lac n’en faisaient jamais d’autres. Stenson reprit en soupirant la lecture de sa vieille Bible, et alla se coucher peu d’instans après.

Si bien que ceux qui frappaient s’impatientèrent jusqu’à faire sauter le pêne de la serrure, entrèrent dans le préau, et, trouvant un péristyle étroit au rez-de-chaussée, s’introduisirent avec leur âne jusque dans la salle ci-dessus décrite, et que l’on nommait la chambre de l’ourse, à cause de l’animal couronné sculpté sur l’écusson armorial au-dessus de la fenêtre à l’extérieur.

La porte de cette chambre était fermée ordinairement. Elle ne l’était pas ce jour-là, circonstance particulière dont s’inquiétèrent fort peu les survenans.

Les nouveaux hôtes du Stollborg étaient deux personnages assez étranges. L’un, couvert de peaux de mouton, ressemblait à ces fantômes informes qui servent d’épouvantails contre les oiseaux dans les jardins et chènevières ; l’autre, plus grand et mieux tourné, ressemblait à un brigand italien de bonne humeur.

L’âne était un bel âne, robuste, chargé comme un bœuf, et tellement habitué aux aventures de voyages, qu’il ne fit aucune difficulté pour monter quelques marches, et ne témoigna aucun étonnement de se trouver sur un plancher de sapin au lieu de rencontrer