Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/491

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dule était remontée, elle vous le dirait ; mais elle ne l’est pas, et Dieu sait si elle pourrait l’être.

Dans quel pays sommes-nous donc ? Nous allons le savoir sans sortir de la chambre. Sur tout le haut de la paroi irrégulière à laquelle se soude l’escalier, et dont plus de la moitié inférieure est revêtue, comme les autres, d’un lambris de chêne, nous voyons de grandes pancartes placées là peut-être à cause de leur forme. Plus larges que hautes, elles meublent la portion de mur que ne couvre pas la boiserie. Elles y sont donc reléguées plutôt qu’exhibées, et il nous faudra monter les douze marches de cet escalier engagé dans la muraille pour nous convaincre que ces longues bandes de parchemin coloriées dans les tons les plus durs sont des cartes de géographie ou de navigation, et des plans de villes fortes.

L’escalier nous conduit précisément à la hauteur de celle de ces cartes qui représente la localité, et qui a été mise là sans doute pour pouvoir être consultée au besoin, ou pour masquer la place d’une porte supprimée.

Ce gros serpent vert qui monte au milieu du tableau, c’est la mer Baltique. Je présume que vous la reconnaissez à sa forme de dauphin à double queue, et aux innombrables déchiquetures de ses fiords, golfes étroits et sinueux qui entrent profondément dans les terres et les rochers.

Ne vous égarez pas du côté de la Finlande, qui est là enluminée en jaune d’ocre ; cherchez sur l’autre rive la partie moyenne de la Suède coloriée en lie de vin, et vous reconnaîtrez à ses lacs, à ses rivières, à ses montagnes, la province de Dalécarlie, contrée encore passablement sauvage à l’époque où ce récit va nous transporter, c’est-à-dire au siècle dernier, vers la fin du règne bénévole et tracassé d’Adolphe-Frédéric de Holstein-Gottorp, ancien évêque de Lubeck, marié ensuite à Ulrique de Prusse, l’amie de Voltaire, la sœur de Frédéric le Grand ; enfin, autant que je puis croire, nous sommes en 1770.

Un peu plus tard, nous verrons l’aspect de cette contrée. Qu’il vous suffise quant à présent, cher lecteur, de savoir que vous êtes dans un vieux petit château perché sur un roc, au beau milieu d’un lac glacé, ce qui naturellement doit vous faire supposer que je vous y transporte en plein hiver.

Un dernier coup d’œil sur la chambre pendant qu’elle est à nous, car, toute triste et froide qu’elle est, on va bientôt se la disputer. Elle est meublée de vieux siéges de bois assez artistement travaillés, mais massifs et incommodes. Un seul fauteuil relativement moderne, c’est-à-dire un fauteuil du temps de Louis XIV, couvert d’une soie jaunie et tachée, mais encore assez moelleux et d’une forme