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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/394

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prince Menchikof. Ainsi que nous l’avons dit, le général Soïmonof, chargé d’attaquer le centre et la gauche des Anglais, devait prendre sur la gauche du Kilen-Balka. Tout à l’inverse, il prit sur la droite. Une fois engagé de ce côté, il suivit la direction du ravin, et vint donner ainsi sur la droite des Anglais. On voit dès l’abord les conséquences que devait entraîner cette erreur de direction, erreur qui est restée inexpliquée par suite de la mort du général Soïmonof, mais due, selon toute probabilité, à l’extrême obscurité.

La pluie glacée de la nuit avait transi les hommes des postes avancés des Anglais. Quelques-uns entendirent bien un bruit sourd du côté de Sébastopol; mais les chefs de poste l’attribuèrent à la marche de convois dirigés sur la ville et n’en tinrent pas compte, vers cinq heures et demie, un piquet d’une quarantaine d’hommes, apercevant confusément au milieu du brouillard une masse qui s’approchait, crut avoir affaire à quelque parti égaré. S’étant avancés d’une centaine de pas pour reconnaître l’ennemi, les Anglais se trouvèrent tout à coup en face de l’avant-garde de Soïmonof. Leur surprise fut telle qu’ils mirent bas les armes sans tirer un coup de fusil. Deux ou trois seulement s’échappèrent et vinrent donner l’alarme. Le général Codrington, qui visitait les avant-postes, fut bientôt mis au fait de ce qui se passait. Il courut en informer le général Brown; la division légère et la 2e division prirent les armes en un instant.

Les postes avancés des troupes anglaises, qui se retiraient lentement, échangeaient un feu de plus en plus vif avec les carabiniers jetés en avant des colonnes russes. Déjà le canon du prince Gortchakof retentissait dans la vallée de Balaclava. Lord Raglan monta à cheval, et se rendit en toute hâte à l’extrême droite de son camp, où l’action s’engageait chaudement. Le général Bosquet y arrivait presque en même temps. Bien qu’il fût lui-même attaqué du côté de Balaclava, son instinct militaire lui faisait deviner que les coups décisifs se porteraient du côté d’Inkerman. Ses premières dispositions une fois prises, il était venu offrir ses services aux Anglais. Le duc de Cambridge et le général Brown le rencontrèrent près du Moulin-à-Vent. Ges généraux n’étaient pas encore détrompés sur le danger de leur situation; ils refusèrent poliment le secours que leur offrait le général Bosquet, disant qu’ils se suffiraient bien à eux-mêmes. Celui-ci insista néanmoins pour leur laisser deux bataillons d’infanterie, quatre compagnies de chasseurs à pied et deux batteries d’artillerie à cheval qu’amenait le général Bourbaki. Il fut convenu que ces troupes observeraient simplement la pente des monts Sapoun, en arrière de l’extrême droite. Cependant l’armée anglaise prenait position sur les hauteurs en avant du camp : la 2e division, déployée le long du ravin des Carrières, depuis la batterie des Sacs-à-Terre jusqu’à la naissance de ce ravin; à la gauche de cette divi-