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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/384

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nous les avons fidèlement reproduits quand ils s’accordaient; sinon, nous avons pris avec impartialité la version la plus vraisemblable. En suivant cette méthode, la seule qui soit raisonnable pour la description des opérations militaires, et en modifiant le témoignage des Anglais par celui des Russes, nous sommes arrivé à faire la part qui revient aux généraux français, part qu’ils ont déclinée avec courtoisie pour leurs alliés et qu’il est juste maintenant de leur rendre.


II.

Les réticences et les exagérations que nous avons relevées dans les relations anglaises ont répandu sur toute la première partie de la campagne de Crimée une singulière obscurité. Les faits les plus simples font question : ainsi nous en sommes réduits à des conjectures sur la force réelle de l’armée anglaise à cette époque. Le major Calthorpe, dans une de ses lettres, consacre deux pages à justifier le chiffre de 8,000 hommes donné par lord Raglan; mais il se garde de citer les états de situation du mois de novembre, qu’il a eus cependant à sa disposition, si nous en jugeons par les pièces justificatives de son récit, où figurent ceux du mois de mars. Les autres relations ne sont pas moins vagues. Il semble que même dans les publications officielles un voile ait été jeté sur les faits. Ainsi les commissaires chargés des enquêtes connues en Angleterre sous le nom de Crimean Inquiry se sont abstenus de donner ces états, qui eussent été l’indispensable complément de leurs investigations. C’est seulement en 1857 que le parlement, sur la motion du colonel Herbert, a fait imprimer un état des pertes de l’armée anglaise, où se trouve indiqué l’effectif des régimens à l’époque de leur débarquement en Orient. Nous trouvons du moins dans ce document une base d’évaluation. De l’ensemble des renseignemens qu’il nous offre, il résulte que l’armée anglaise, à l’époque dont nous parlons, se composait : 1° de quatre divisions d’infanterie, à six régimens, et d’une division d’infanterie légère, à huit régimens (l’effectif de ces cinq divisions était de 28, 864 hommes, non compris les officiers, ce qui donne une moyenne de 900 hommes par régiment); 2° de deux divisions de cavalerie, à cinq régimens (l’effectif de ces deux divisions était de 2,940); 3° de l’artillerie et du génie, dont nous ne saurions donner exactement le chiffre.

Les pertes occasionnées par les maladies pendant le séjour en Turquie furent peu considérables; le major Calthorpe les évalue à 700 morts et 2,000 malades, laissés dans les hôpitaux. Depuis le débarquement en Crimée, les renseignemens nous manquent; on trouve seulement un point de repère dans un état de rations de viandes fraîches fournies par le commissariat, du 1er novembre au