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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/188

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Et tout désespéré, le cœur plein d’ironie,
J’allais calomniant la jeunesse bénie,
Et pliant sous le poids du doute et de l’ennui,
Pâle et triste au sortir du songe évanoui,
Je m’écriais, en proie à ma douleur amère :
« Adieu donc, fuis bien loin, ô jeunesse, ô chimère ! »

Un matin, fatigué, soucieux et chagrin,
J’errais à travers bois. L’automne à son déclin
Sur toute la forêt jetait sa brume grise,
Les bouleaux frissonnaient au souffle de la bise ;
Çà et là, dans les brins desséchés d’un buisson,
Chantait quelque oiselet de l’arrière-saison.
Et la pluie en tombant faisait rouler ses larmes
Sur les hêtres rouilles, les chênes et les charmes.
Tout à coup par le vent le brouillard déchiré
Laissa voir en s’ouvrant le ciel pur, azuré ;
Le soleil se glissa par cette humble trouée,
Et puis tout resplendit : la terre et la nuée ;
Chaque goutte de pluie en perle se changea.
Seule, une vapeur d’or sur le bois surnagea ;
L’arc-en-ciel, unissant deux cimes opposées,
Décrivit une courbe aux teintes irisées ;
Et je crus, aux rayons de ce soleil vainqueur,
Voir au fond du taillis s’agiter comme un chœur
De fantômes voilés, visions radieuses
Dont j’entendais vibrer les voix harmonieuses :

« Enfant, prête l’oreille aux chansons de l’espoir,
Abandonne le doute et les tristes paroles ;
La jeunesse n’est pas un bouquet d’herbes folles
Qu’on cueille le matin et qu’on jette le soir.

a Être jeune, c’est croire et combattre, — c’est vivre ;
Dans ton poème ardent, plein d’âme et d’action,
Le chant des voluptés et de la passion,
jeunesse, ne tient qu’un des feuillets du livre…
 
« Regarde ces grands bois par l’automne effeuillés :
Hier encor, l’été fleurissait chaque branche,
Aujourd’hui tout est mort ; demain, épaisse et blanche,
La neige couvrira les rameaux dépouillés.
 
« Mais vienne le printemps, aux cris de l’hirondelle
Tu verras chaque brin revivre et verdoyer ;