Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/186

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Sa chevelure châtaine
Compte à peine
Quelques légers fils d’argent,
Blanche neige inaperçue
Et fondue
Sur l’arbre encor verdissant.

Elle travaille à sa tâche
Sans relâche,
Assise au seuil du jardin ;
Au linge de la famille
Son aiguille
Redonne un lustre soudain.

Et sur sa tête attentive
Et pensive
Les grands lilas font glisser
Leurs brins chargés de fleurettes
Violettes,
Comme pour la caresser.

IV. — la jeunesse.
à m. e. develle.

À quinze ans, solitaire et sauvage écolier,
Je restais enfermé parfois un jour entier
Au fond d’un vieux jardin planté par ma grand’tante.
C’était pendant l’été ; mobile et chatoyante.
Trouant par mille endroits l’abri des noisetiers,
La lumière pleuvait sur l’herbe des sentiers.
Le long des framboisiers qui bordaient les allées.
Des papillons passaient comme des fleurs ailées ;
Les lis étincelaient, les œillets empourprés
Ployaient sous le fardeau des bourdons bigarrés ;
Mais je ne voyais rien, ni rayons ni verdure.
Attentif et penché sur le mur de clôture,
Je regardais passer dans le chemin du bas
De joyeux jeunes gens se tenant par le bras :
Les filles en chapeau de paille, en robe blanche,
Et les garçons vêtus des habits du dimanche.
Vers le soir, j’écoutais les accords argentins
Des quadrilles cachés sous les bosquets voisins,
Et, maudissant tout haut le collège et l’étude.
Je prenais en pitié ma verte solitude,