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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/183

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Et tu fus à moi, chère fleur,
Tandis que l’ingénue
Marchait, confuse et l’œil rêveur.
Le long de l’avenue…
O frais aveux, troubles du cœur,
Timide rêverie,
Vous n’étiez qu’un songe moqueur
Et qu’une tromperie !…

II.

Non, non, dans mon cœur les vieilles souffrances
D’un amour brisé
N’ont pas déposé d’aigres souvenances,
Tout s’est apaisé ;
Je ne maudis point les chaînes légères
Qui nous ont unis,
Je ne me souviens que des heures chères,
Et je les bénis.

Même dans ses maux, même dans ses larmes.
L’amour est si beau,
Qu’il conserve encor sa grâce et ses charmes
Au fond du tombeau.
Tout est doux en lui, caresse ou blessure,
Sourires ou pleurs,
Et les tertres verts de sa sépulture
Se couvrent de fleurs.

Ses yeux étaient faux, plus faux que les songes
Et que les romans,
Ses lèvres mentaient ; mais quels gais mensonges
Et quels mots charmans !
Tous ces mots d’amour, tendres et trop rares,
Je les sais encor ;
Je les ai gardés comme les avares
Gardent un trésor.

Parce qu’en hiver la neige s’amasse
Dans le bois flétri,
Est-il donc moins vrai qu’à la même place
Des fleurs ont souri ?
Et parce que l’arbre a des feuilles sèches,
Faut-il oublier