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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/175

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pour établir et consolider ce système de centralisation administrative, qui aurait tant de difficultés et de passions, tant de souvenirs, tant d’antipathies nationales à vaincre en Autriche. Pendant cette longue époque de transition, le gouvernement serait nécessairement faible et paralysé dans son action au dedans comme au dehors, et même un succès complet, à supposer qu’on l’obtînt, serait trop chèrement acheté. Or toute cette lutte, tout cet appareil immense de force et d’action, qui épuiserait pendant longtemps la puissance de l’Autriche, nous paraissent sans motif et sans but. La centralisation politique, l’unité compacte de l’empire dans toutes les questions importantes et véritablement gouvernementales, ne rencontre pas un seul adversaire sérieux dans l’Autriche en-deçà des Alpes, et retrouverait des milliers de partisans actifs et chaleureux pour peu que le gouvernement cessât de vouloir pousser l’unité politique jusqu’à l’uniformité administrative.

Nous venons de parler des différens partis de l’opposition en Autriche. Il importe de les bien connaître pour se faire une idée exacte de l’état des esprits dans ce pays. En dehors des provinces italiennes, il n’existe pas, nous l’avons dit, de parti sérieux qui vise au démembrement de l’empire. Ajoutons qu’il n’existe pas non plus de parti absolutiste. Il y a eu en Autriche comme ailleurs bien des esprits timides qui, effrayés de la démagogie de 1848, ont cherché un refuge momentané dans la protection d’un pouvoir fort et absolu. Peut-être en Autriche, où l’intelligence politique est moins développée qu’ailleurs, quelques personnes ont-elles cru de bonne foi que l’absolutisme était capable de fonder un ordre de choses durable et satisfaisant et d’assurer la prospérité du pays : elles ont dû être détrompées par l’expérience. Le gouvernement lui-même n’a jamais prétendu imposer définitivement au pays le pouvoir illimité qu’il exerce aujourd’hui, et qu’il prend soin de présenter en toute occasion comme provisoire. Il y a un parti qui s’appelle le parti ultra-conservateur, probablement parce qu’il travaille à restaurer l’ancien état de choses même avec ses défauts et ses inconvéniens. Ce parti tend non-seulement à renverser la centralisation administrative, mais à rompre en même temps l’unité politique de l’empire, pour l’asseoir sur la base d’un système fédératif, contenu par le seul lien, assez faible aujourd’hui, d’une dynastie commune. Ce parti est nombreux en Hongrie, où le dualisme et l’antagonisme d’avant 1848 ont laissé de nombreux et brillans souvenirs. Il s’applique à rétablir l’ancienne indépendance des provinces hongroises, leur constitution propre, leur administration, leur gouvernement à part. Malgré le principe monarchique inscrit sur ses drapeaux, la monarchie autrichienne, si elle l’écoutait, serait bientôt plus divi-