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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/169

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publiques augmente-t-il de jour en jour. Le gouvernement se voit même obligé de recourir dans une proportion croissante aux moyens violens de l’exécution et des ventes forcées, et les abandons de propriété pour cette cause ne sont plus des cas isolés.

En général, presque toutes les grandes branches de la production nationale en Autriche se trouvent maintenant dans une période de transition toujours pénible et difficile à franchir. La production agricole, du moins celle de la grande et moyenne propriété, se voit obligée, par l’abolition des corvées et autres redevances féodales, à se servir du libre travail ; elle a donc besoin d’un capital roulant bien plus considérable que par le passé. Or les ouvriers et les capitaux sont justement ce qu’on a le plus de peine à se procurer dans ces pays où la population est peu nombreuse et le capital rare et cher, où il n’existe qu’une seule banque hypothécaire très imparfaite et tout à fait insuffisante, et où par conséquent le crédit foncier est à peu près nul. L’industrie souffre des mêmes inconvéniens : rareté et cherté des ouvriers et des capitaux. Sa situation momentanée est d’ailleurs aggravée par l’abaissement notable des tarifs, la politique commerciale de l’Autriche ayant depuis trois ou quatre années seulement abandonné le système prohibitif pour marcher à grands pas vers la liberté du commerce. Le moment serait bien mal choisi pour imposer de nouvelles charges à l’industrie ou à l’agriculture. Il paraît hors de doute qu’il serait impossible d’augmenter considérablement les impôts publics dans les circonstances actuelles sans causer la ruine du pays, et dans tous les cas on ne pourrait appliquer un tel procédé dans des proportions suffisantes pour rétablir l’équilibre du budget.

Toutes ces difficultés, nous aimons à le répéter, peuvent diminuer avec le temps. Les germes de prospérité future qui s’aperçoivent en Autriche peuvent se développer. On vient d’établir plusieurs des grandes lignes projetées de chemin de fer ; beaucoup d’autres sont en voie de construction. Des compagnies industrielles de toute espèce, des instituts de crédit, etc., ont été fondés. Selon toute apparence, d’ici à dix ou vingt ans, l’Autriche aura complètement changé d’aspect sous le rapport matériel, et alors elle sera capable de supporter avec facilité des impôts bien plus considérables qu’aujourd’hui. C’est une justice à rendre au ministre chargé du département des finances, M. de Bruck, qu’il a porté, non sans succès, toute son attention, tous ses efforts de ce côté ; mais cette sage et prévoyante sollicitude ne peut produire de résultats sérieux qu’après un certain nombre d’années, et nous venons de voir que l’état financier de l’Autriche ne saurait attendre aussi longtemps. On se trouve ainsi conduit à essayer d’un dernier moyen, la réduction des dépenses.