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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/161

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mettent, à ce parti dont l’Autriche est fière ajuste titre. L’idée d’une représentation nationale de l’empire faisait partie de son programme dès l’origine. Les partis politiques en Hongrie au contraire n’avaient jamais, à quelques rares exceptions près, porté leurs regards au-delà des limites de leur province, ce qui explique leur faiblesse relative et la méfiance qu’ils rencontraient au dehors.

On devra éternellement regretter, dans l’intérêt des vrais principes conservateurs et du progrès politique de l’Autriche, que la catastrophe de 1848 ait interrompu ce mouvement légal et paisible, qui tendait à reconstituer le droit public de l’Autriche sur une base solide, durable et véritablement monarchique, à lui donner des institutions politiques, — sans lesquelles aucun gouvernement, quel qu’il soit, ne saurait longtemps exister, — à faire disparaître l’antagonisme qui divisait les deux moitiés de l’empire, à faire cesser la méfiance naturelle avec laquelle la Hongrie constitutionnelle regardait le gouvernement central absolu de Vienne, enfin à établir une unité vraie, solide et durable sur la base des principes monarchiques. Malheureusement les révolutions de 1848 survinrent, et le gouvernement tomba sans résistance au premier choc du mouvement démocratique. La victoire des partis extrêmes eut pour effet non-seulement de renverser l’ancien système, mais de compromettre l’œuvre commencée par les réformateurs modérés. La Hongrie se détacha de l’empire et se déclara indépendante. Les provinces austro-allemandes tombèrent au pouvoir de démocrates insensés qui essayèrent d’y faire triompher leurs utopies. On connaît les événemens de 1848 et 1849. La révolution fut vaincue en partie par les forces renaissantes de l’Autriche et la coopération des hommes d’ordre, qui, le premier moment de terreur passé, avaient repris courage, — en partie par l’intervention russe. Et, comme il arrive toujours en pareille circonstance, un gouvernement militaire succéda au chaos révolutionnaire. Tous les hommes de sens avaient prévu ce dénoûment, qui du reste ne devait et ne pouvait être qu’un état transitoire pour arriver à une forme de gouvernement régulière et raisonnable. Il s’agissait donc maintenant d’utiliser cette période de tranquillité, cette toute-puissance momentanée du gouvernement, pour réorganiser l’empire disloqué, et pour créer des institutions politiques qui lui assurassent en même temps la paix, la force et le progrès.

Le ministère Schwarzenberg-Stadion, qui vint au pouvoir après la défaite de la révolution et le rétablissement de l’ordre, déploya une prodigieuse activité pendant les premières années de son existence. Il commença par dissoudre l’assemblée constituante, qui avait d’abord siège à Vienne, ensuite à Kremsier, et octroya la con-