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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/139

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cats de l’Alesia séquane, ce n’est pas une pente escarpée, c’est un mur à pic qu’il aurait fallu gravir. Peut-être quelques centaines d’enfans perdus, munis d’échelles ou cheminant sur quelque étroit sentier, auraient-ils pu en risquer l’escalade ; était-elle possible, je ne dis pas pour 60 000 hommes, mais pour quelques milliers d’hommes ? En tout cas, il suffisait de bien peu de monde pour les arrêter. Comment se fait-il que César ait dû leur opposer successivement deux de ses lieutenans, puis y courir lui-même ?

Nous ne faisons que rapporter et discuter, après plusieurs autres, les assertions que nous rencontrons dans le mémoire de M. Delacroix. Nul de ceux qui ont adopté le fond de son opinion n’a encore modifié aucune partie de son système ; quant à nous, il nous a été impossible, en nous renfermant dans les limites tracées par les Commentaires, d’appliquer aux environs d’Alaise aucune conjecture qui nous fût personnelle. Nous n’avons pas l’outrecuidance de croire que d’autres ne seront pas plus heureux. On trouvera peut-être moyen de changer l’emplacement des redoutes, la disposition des camps et le tracé des lignes, de serrer d’un peu plus près le texte de César dans le récit des combats[1]. Toutefois nous ne pen-

  1. Nos prévisions n’ont pas tardé à se réaliser. Ces lignes étaient depuis longtemps écrites et cette étude complètement achevée, lorsque nous avons eu connaissance d’un nouveau mémoire de M. Quicherat. Il porte ce titre : Conclusion pour Alaise dans la question d’Alesia. Le savant professeur, après avoir visité les lieux, est revenu convaincu que M. Delacroix avait bien découvert le véritable emplacement de l’oppidum mandubien, et il soutient son opinion avec la verve, le talent et la science qu’on lui connaît. Nous n’avons pas la prétention téméraire de le prendre à partie, ni de discuter l’interprétation qu’il donne des textes antiques, de la configuration du pays, des traditions locales ou des vestiges que présente la surface du sol aux environs d’Alaise. Comme d’ailleurs il a la plupart du temps adopté les opinions de M. Delacroix en modifiant la forme et l’argumentation, nous nous bornerons à relever les principales différences qui existent entre son système et celui que nous avons résumé dans les pages précédentes :
    1° Il établit le camp retranché des Gaulois, non plus à Chataillon, mais bien aux alentours de Saraz. Cette position vaut mieux, et nous l’avions spontanément indiquée ; mais elle est au sud de la ville, et non à l’est, comme le veulent les Commentaires.
    2° Il renonce à concentrer toute l’armée romaine sur le plateau d’Amancey et à faire construire les vingt-trois redoutes sur le pourtour de ce plateau.
    3° Il n’indique pas comment César a pu se présenter devant la place et la reconnaître. Il dispose les camps romains en face des six débouchés du massif sans préciser les emplacemens, ce qui aurait cependant quelque intérêt, vu la nature du terrain ; ces camps sont reliés entre eux par des redoutes, et une première enceinte est commencée.
    4° Après le départ de la cavalerie gauloise, une partie des travaux déjà exécutés ou ébauchés est abandonnée. Le tracé de la contrevallation est corrigé et devient à peu près celui qu’indique M. Delacroix ; cette ligne est alors achevée et perfectionnée.
    5° La circonvallation de vingt et un mille mètres n’enveloppe pas entièrement le massif. Ici M. Quicherat suit la voie déjà ouverte par M. Delacroix, mais il est plus positif. L’enceinte extérieure n’aurait été construite qu’au nord, au sud et à l’ouest de la posi-