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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/138

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sur leurs gardes, d’autant plus que les Gaulois auraient encore dû enlever un ouvrage avancé situé vers Flagey et livrer un premier combat, dont il n’est pas question dans les Commentaires, avant d’arriver au point que Rebillus et Reginus défendaient avec leurs deux légions. Et les quarante cohortes que réunit Labiénus, d’où viennent-elles ? Des castella, c’est-à-dire des redoutes disséminées sur le plateau. Elles accourent spontanément, ce qui est peu militaire et en tout cas peu conforme aux habitudes de la discipline romaine ; elles doivent traverser, en petits détachemens, tout ce vaste espace que couvrent 60 000 ennemis. Comment peuvent-elles arriver intactes jusqu’aux retranchemens attaqués ? Comment y sont-elles introduites ? C’est ce qui ne nous paraît pas suffisamment expliqué. César lui-même est aussi exposé que les réserves de l’armée ; pendant une partie de la journée, il se tient au sommet du Mont-Mahoux, en dehors des lignes, et c’est encore hors des lignes qu’il manœuvre pour s’unir à Labiénus. À quoi servait donc cette circonvallation élevée à grand’peine, si la moitié de l’armée, si le général en chef ne pouvaient s’y renfermer ? Mais le récit de César n’indique rien de semblable. Pendant toute la durée des combats, lui-même et tous ses soldats se maintiennent dans l’intérieur des lignes ; c’est au moment suprême que, pour la première fois, Labiénus franchit le parapet à la tête des légionnaires et que la cavalerie sort pour tourner l’ennemi et le mettre en déroute.

Quelle part Vercingétorix prend-il à cette bataille ? Il commence par renouveler ses tentatives précédentes du côté de Charfoinge ; puis, averti de ce qui se passe vers Amancey, découragé par la grandeur des retranchemens qu’il a devant lui, il traverse tout le massif avec ses soldats, et transporte son attirail de perches, de faux, d’engins, jusqu’aux rives du Lison, obstacle bien autrement redoutable que tout ce que les Romains avaient pu construire sur Charfoinge. Ici donc nous avons encore un double combat qui ne nous paraît pas indiqué par les Commentaires. C’est précédemment que les assiégés avaient vainement essayé de forcer les retranchemens situés dans les lieux bas ; ils n’avaient nul besoin de faire un nouvel effort pour en reconnaître la force. Remarquons d’ailleurs que les Romains ne furent attaqués nulle part avant midi. La demi-journée qui restait donnait-elle à Vercingétorix le temps d’engager une première action vers Charfoinge, puis de franchir une lieue de terrain très accidenté avec ses troupes et son matériel, et de livrer sur le Lison un autre combat long et acharné ? Enfin cet assaut même des berges du Lison n’est-il pas fort extraordinaire ? Si nous en croyons un profil que nous avons sous les yeux et que nous devons à l’obligeance d’un des plus chauds partisans, d’un des plus habiles avo-