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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/112

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coutume de porter dans les batailles ; la disposition des lieux permettait à tous les combattans, amis et ennemis, de le voir distinctement, entouré des escadrons et des cohortes qu’il amène. Ses soldats le saluent par de bruyantes clameurs, auxquelles répondent les cris de rage de leurs adversaires. Les légionnaires quittent le pilum, et s’élancent l’épée à la main. Les Gaulois reçoivent bravement le choc ; mais tout à coup une terreur panique les saisit : ils fuient en désordre, car les escadrons romains ont paru subitement sur leurs derrières, et ces hommes, si courageux devant l’ennemi qu’ils combattent en face, abandonnent tout dès qu’ils se voient tournés. Ce n’est plus qu’un carnage ; on fait aussi des prisonniers, et soixante-quatorze enseignes sont apportées à César. La garnison rentre pour la troisième fois dans la place. Le reste de l’armée de secours regagne son camp en toute hâte, et ne fait que le traverser. Elle se débande aussitôt ; chacun se sauve vers son pays. Les troupes romaines étaient si fatiguées, qu’il fallut leur donner quelques heures de repos et renoncer d’abord à la poursuite ; mais à minuit César fit monter ses Germains à cheval, et les lança sur les traces des fuyards. On en tua beaucoup, et on fit de nombreux prisonniers ; nulle part il n’y eut de résistance ; il n’y avait plus d’armée gauloise.

Le lendemain. César siégeait sur son tribunal, entouré de ses officiers, lorsqu’un cavalier d’une haute stature et armé de toutes pièces sortit tout à coup de la ville, et se dirigea au galop vers le proconsul. Au milieu d’une surprise universelle, il fit faire quelques évolutions à son cheval, puis jeta ses armes aux pieds du général romain, et s’arrêta devant lui muet et immobile. On reconnut alors Vercingétorix, qui venait offrir sa vie pour sauver celle de ses compagnons. Tous les assistans étaient fort émus ; César seul resta impassible, reprocha durement à l’illustre vaincu les témoignages d’amitié qu’il avait jadis reçus de lui, et ordonna qu’on le chargeât de chaînes. Les guerriers enfermés dans Alesia déposèrent les armes et se rendirent à discrétion ; on les réunit aux prisonniers enlevés à l’armée de secours la veille et dans la nuit. Ceux qui appartenaient aux tribus éduennes et arvernes furent réservés pour faciliter la réduction de ces peuplades. Les autres furent partagés entre les vainqueurs ; chaque légionnaire eut son captif.

César pénétra chez les Éduens, qui se soumirent sans coup férir. Il établit son quartier-général à Autun, où il fut rejoint par les députés des Arvernes qu’il reçut à composition. Puis il fit partir Labiénus pour la Séquanie avec deux légions et la cavalerie ; les autres légions furent mises en quartiers d’hiver et placées comme il suit : deux chez les Rémois pour les défendre contre les Bellovaques, une