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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/109

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cette organisation anarchique ne se firent pas sentir, et malgré l’axiome bien connu et si souvent confirmé par l’expérience qu’un conseil de guerre ne se bat jamais, l’armée de secours était aux mains le lendemain de son arrivée. Du haut de la ville, les défenseurs d’Alesia virent la plaine se couvrir de cavaliers gaulois, et saluèrent leurs frères par de joyeuses clameurs. De toutes parts on se prépare au combat. Tandis que la garnison s’établit devant la place, comble le fossé le plus proche avec des fascines et de la terre et se tient prête à faire une sortie générale, toute l’armée romaine prend les armes pour repousser les tentatives de l’assiégé et celles de l’ennemi extérieur, dont l’infanterie vient de prendre position sur les hauteurs. Chaque soldat a son poste indiqué d’avance : les uns garnissent les parapets, d’autres occupent les tours, des cohortes de réserve sont placées dans les redoutes (castella) qui avaient été construites tout d’abord et qui maintenant servent de réduits ; le commandement des différentes parties des lignes est réparti entre quelques-uns des lieutenans, tandis que les autres restent auprès du proconsul, qui les emploiera selon les circonstances. Bientôt celui-ci donne l’ordre à sa cavalerie de sortir et d’accepter le défi offert par les Gaulois. Il était midi ; le combat s’engage dans la plaine comme dans un champ clos, en vue de la ville, en vue du cercle de collines qu’occupaient les quartiers romains et de celles que couvrait l’infanterie de l’armée de secours. Cette action fixe bientôt l’attention générale, et tous en suivent les phases avec de poignantes émotions. Elle fut longue, et le soleil allait se coucher sans que rien fût décidé. Les cavaliers gaulois avaient mêlé dans leurs rangs des archers et des fantassins armés à la légère qui faisaient beaucoup de mal à l’ennemi et arrêtaient toutes ses charges. Déjà on voyait de nombreux blessés rentrer dans les lignes romaines, et ce spectacle excitait la joie bruyante de l’infanterie gauloise, lorsque les auxiliaires germains, se ployant rapidement sur une des extrémités de leur ligne, se précipitèrent en masse sur l’aile opposée de leurs adversaires, la renversèrent, massacrèrent leurs archers, et, prenant le reste à revers, ramenèrent toute cette cavalerie en désordre jusqu’à son camp, que l’infanterie de l’armée extérieure s’empressa aussi de regagner. La garnison d’Alesia rentra tristement dans la ville.

Un jour s’écoula dans une inaction apparente ; mais les Gaulois travaillaient sans relâche à préparer des fascines, des échelles, desharpons. Vers minuit, ils quittèrent leur camp en silence et se présentèrent devant la partie des retranchemens romains qui se trouvait en terrain plat (campestres munitiones) ; arrivés là, ils poussèrent subitement une grande clameur afin d’annoncer leur présence à ceux de la ville. Les trompettes d’Alesia répondent au signal, et les