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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/108

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de défenses accessoires. L’auteur des Commentaires décrit tous ces travaux avec un soin minutieux et une certaine coquetterie. Par une phrase très simple, comme toujours, mais habilement placée, il fait ressortir combien il était difficile de mener de front tout ce qu’il fallait faire : rassembler les matériaux, les vivres, envoyer au fourrage, exécuter les ouvrages et repousser les sorties de l’ennemi, qui étaient vives, fréquentes, et se faisaient souvent par plusieurs portes. Malgré tant de complications, il mena à bonne fin son entreprise, et songea alors à protéger son armée contre les attaques de l’ennemi extérieur, dont ses espions lui annonçaient la prochaine arrivée. À cet effet, il traça une ligne de circonvallation, en choisissant, selon la nature des lieux, le terrain le plus avantageux. Le développement fut de quatorze mille pas (environ vingt mille cinq cents mètres) ; sur cette ligne, il construisit des ouvrages semblables à ceux de la contrevallation, mais dirigés en sens contraire. Enfin, pour empêcher ses soldats de s’exposer par des excursions lointaines et sauver son armée de la maraude, il fit rassembler pour trente jours de vivres et de fourrages.

Cependant on était arrivé à l’époque fatale que Vercingétorix avait indiquée à ses cavaliers en les congédiant, et l’armée de secours ne paraissait pas. Les assiégés avaient épuisé leurs vivres, et le découragement les gagnait. On parlait déjà de se rendre ; d’autres, plus énergiques, auraient voulu qu’on tentât une sortie générale ; enfin un des chefs arvernes, Critognat, proposa de tuer tous ceux qui étaient hors d’état de porter les armes et de nourrir la garnison avec leurs corps. Vercingétorix se borna à expulser les bouches inutiles : la malheureuse population mandubienne, femmes, enfans et vieillards, fut chassée de la ville. Impitoyablement repoussés par les sentinelles romaines malgré leurs larmes et leurs prières d’être reçus comme esclaves, ces infortunés, enfermés entre la place et les lignes, ne tardèrent pas sans doute à succomber à la faim.

Cet affreux sacrifice venait de s’accomplir lorsque parut la grande armée gauloise ; elle s’établit sur des hauteurs à moins de quinze cents mètres de la circonvallation. Elle était de 240 000 hommes de pied et 8 000 cavaliers. Cette masse immense de guerriers, envoyés par toutes les tribus de la Gaule, était fort peu homogène et n’avait pas même cette sorte de cohésion que donne l’unité du commandement. On n’avait pu s’entendre sur le choix d’un chef suprême ; quatre généraux avaient été élus : un Atrébate (Artésien), Comm, deux Éduens, Viridomar et Époredorix, un Arverne, vercassivellaun, et ces quatre généraux étaient accompagnés d’un conseil de députés des tribus qui devaient prendre part à la direction des opérations.

Dans le premier moment d’enthousiasme, les inconvéniens de