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particu|lier de gravité. À Parme, une recrudescence d’agitation s’est manifestée par des crimes odieux qui ont amené un redoublement de compression et l’intervention autrichienne. À Naples, la tension dans les moyens de gouvernement devait dénoter une tension d’une autre nature dans les esprits, ou elle n’était plus qu’une rigueur inutile et dangereuse survivant à un temps d’épreuve. Dans les États-Romains, l’insécurité avait pour témoignage la nécessité d’une double occupation étrangère. Les raisons du moment ne manquaient donc point pour se tourner vers la péninsule. Enfin il s’est trouvé un des états italiens, heureusement affranchi de tout danger intérieur, qui a pu prendre virilement part au dernier conflit de l’Europe. Bien que le Piémont n’eût point de relations avec la Russie depuis les révolutions de 1848, cela ne suffisait point évidemment pour l’entraîner dans une guerre qui n’affectait pas ses intérêts. Le Piémont n’a pu avoir qu’une pensée, celle d’aller chercher en Crimée l’affermissement de sa position d’état libéral au-delà des Alpes, de prêter l’autorité d’une puissante alliance à sa politique, à ses vues, à ses suggestions relativement à l’Italie. Pour lui, le prix de la lutte, c’était le droit de se faire entendre sur les affaires italiennes, l’éventualité d’une délibération européenne sur les conditions de la péninsule, et c’est ce qui est arrivé en effet. Dans la séance du 8 avril, comme on sait, le congrès de Paris a examiné divers points de la situation de la péninsule. Du sein des conférences diplomatiques, la question italienne est passée dans les assemblées délibérantes, dans le parlement anglais, surtout dans le parlement piémontais, où elle a retenti. « La cause de l’Italie, a dit le président du conseil de Turin, M. le comte de Cavour, la cause de l’Italie a été portée devant le tribunal de l’opinion publique. » Effectivement l’opinion s’est saisie à son tour des affaires italiennes, et elle s’en est émue comme elle s’émeut toujours des grandes causes. Or, puisque ce procès s’instruit depuis quelques mois déjà, et que les gouvernemens n’en sont plus sans doute à adopter un système de conduite, ne serait-ce point le moment de résumer ce débat, de mettre en présence les politiques diverses, en cherchant à démêler le plus exactement possible le vrai et le faux, ce qu’on veut faire et ce qu’on ne veut pas faire ?

Et avant d’aller plus loin, il faut bien le remarquer : il y a aujourd’hui, on pourrait le dire, deux questions italiennes. Il y a une question qui est tout entière dans la réalité des choses, qui ne sort point d’une sphère déterminée, prenant pour point de départ des faits constatés, des abus ou des erreurs de gouvernement, des faiblesses trop visibles, pour aboutir à la recherche d’améliorations pratiques et directement applicables aux faits eux-mêmes. C’est celle qui a été agitée dans les conférences diplomatiques. Lorsque M. le comte Walewski,