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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/884

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avons fait l’histoire en racontant les métamorphoses des insectes. Leur organisme devient le siège d’un travail de refonte comparable en tout point à celui dont nous avons parlé à propos de ces diptères, et dont le résultat le plus remarquable est l’apparition d’un double appareil de reproduction. Peu à peu le distome acquiert tous ses caractères, et bientôt il ne lui reste qu’à rompre sa coque pour mener la vie étrange à laquelle il est destiné.

Il est impossible de ne pas reconnaître ici tous les caractères de la généagénèse la plus franche, mais compliquée de phénomènes qui sont du ressort de la métamorphose proprement dite. De chaque œuf sort une larve ciliée produisant par gemmation interne un sporocyste. Celui-ci, par le même procédé, engendre à la fois de nouveaux sporocystes et des cercaires, c’est-à-dire des générations à développement tantôt moins, tantôt plus avancé. Chaque cercaire passe en outre par des états comparables à ceux qui caractérisent l’évolution d’un insecte. Elle est d’abord libre et mobile comme la larve du stratiome ; elle s’enkiste comme cette dernière, et par un procédé très analogue ; elle devient immobile, et passe pour ainsi dire à l’état de chrysalide. Alors elle subit un remaniement organique comparable à tous égards à celui qui métamorphose la nymphe du diptère en insecte parfait. Enfin dans les deux cas le terme des changemens s’annonce par le développement de l’appareil qui seul assure la reproduction par œufs. Si nous appliquons à nos trématodes la nomenclature adoptée déjà pour les autres groupes dont nous avons parlé, nous dirons : La larve ciliée est le scolex du distome ; le sporocyste en est le strobila. Chaque cercaire est un proglottis ; mais ici les proglottis, avant d’arriver à l’état de distome parfait, subis sent les métamorphoses proprement dites, toutes semblables à celles des insectes en général, des diptères en particulier.

Une circonstance bien curieuse vient compliquer encore ces phénomènes, déjà si complexes. Nous avons vu des insectes vivre d’abord dans l’eau à l’état de larves, puis dans l’air, quand des métamorphoses successives les ont amenés à l’état d’animaux parfaits. Selon la période d’existence à laquelle ils sont parvenus, ces insectes habitent donc des milieux, des mondes différens. Les trématodes présentent des faits tout semblables ; seulement les milieux, les mondes par lesquels doit passer l’helminthe pour se placer dans les conditions nécessaires au progrès de son développement sont autant d’espèces animales distinctes. Il faut qu’il aille de l’une à l’autre, et ces migrations s’accomplissent le plus souvent par un procédé aussi simple qu’inattendu. Le parasite subit les chances de l’individu qui le porte. Lorsque celui-ci est mangé par quelque autre animal, l’helminthe l’est en même temps et voyage ainsi avec les alimens dont il fait en quelque sorte partie. Suivant que sa nouvelle habitation convient