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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/857

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en toilette de printemps au milieu de ces merveilles, et s’étonnant que l’agriculture, cet art si sale, ait pu prendre un air si gracieux et si charmant.

La population de Paris sera toujours plus ou moins au régime du peuple romain, il faudra toujours s’occuper de lui donner du pain et des spectacles ; ce n’est pas moi qui me plaindrai que ce grand théâtre reçoive quelquefois des décorations agricoles. Considérée en elle-même, l’exposition de 1856 ne nous a rien appris de bien nouveau, mais elle a eu le résultat inappréciable de faire toucher du doigt aux plus indifférens et aux plus incrédules tout un ordre de faits à peu près inconnus du public. Tout le monde sait maintenant que l’agriculture a, comme l’industrie, ses inventions et ses prodiges, et qu’un bœuf de Durham ou d’Angus, une vache de Suisse, d’Ecosse ou de Hollande, un mouton des Dunes ou des monts Cheviot, un cochon d’Essex ou de Leicester, sont des créations tout aussi admirables qu’une locomotive ou un métier mécanique. Les mauvaises plaisanteries qui ont eu autrefois tant de succès contre les mêmes animaux, rassemblés à l’institut de Versailles, en auraient un peu moins aujourd’hui. Quand on entend dire que des taureaux peuvent se vendre 30,000 fr., ce qui étonne bien encore, mais ce qui ne paraît plus absurde et impossible, on en est naturellement amené à conclure que l’agriculture, quand elle est bien conduite, peut être une spéculation lucrative. En parcourant la galerie des instrumens, on est d’abord stupéfait et confondu de voir des engins à vapeur, de puissantes machines à battre, de lourds rouleaux, d’autres machines de forme bizarre qu’on prétend être des moissonneuses, et on est bien vite amené par la réflexion à se dire que, puisqu’il s’en présente tant, sous le nom de fabricans si divers, c’est qu’on doit en vendre beaucoup, et que ces outils si étranges, si nouveaux, d’une utilité si invraisemblable, ont dû cependant entrer quelque part dans la pratique journalière.

À défaut de résultats plus positifs, ceux-ci suffiraient. On peut en constater d’autres. Parmi les animaux, on a beaucoup remarqué une race encore peu connue en France, qui a fait cette année une éclatante apparition, — celle des bœufs noirs sans cornes d’Angus en Ecosse, un peu moins précoce que les durham, mais supérieure pour la qualité de la viande, et qui arrive à des proportions monstrueuses dans un des pays les moins naturellement fertiles de l’Europe. Les moutons anglais et écossais de montagne, les cheviot et les black-faced, paraissaient aussi pour la première fois dans nos concours, et il en restera probablement assez en France pour faire souche dans nos contrées montagneuses, ce qui avait manqué jusqu’à présent. Pour les pays gras et fertiles, une précieuse acquisition s’est