Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/856

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


500,000 hectares à dessécher, œuvre d’autant plus gigantesque que des questions de propriété s’y rattachent. Dans la Dombes, la pêche des étangs appartient quelquefois à un propriétaire, et ce qu’on appelle l’évolage, ou le droit de cultiver tous les trois ans le sol mis à sec, à un autre. Une puissante association, abordant la question d’ensemble, peut seule résoudre ces difficultés.

Mais, il ne faut jamais l’oublier, tous ces moyens qui émanent plus ou moins directement de l’état, travaux publics, institutions de crédit, grandes compagnies, ne peuvent être que des accessoires. La seule force assez puissante pour répondre à l’immensité des besoins, c’est l’intérêt individuel. Tous les matins, sur tous les points de la France, des millions de cultivateurs, qu’ils soient propriétaires, fermiers ou métayers, se lèvent avec le jour et attellent leurs animaux de travail ; chacun d’eux connaît par une longue habitude le fort et le faible de son champ, chacun a les besoins de sa famille à satisfaire. Quand l’intervention de l’état peut gêner à un degré quelconque la libre action de ces nombreux travailleurs qu’excite sans cesse l’aiguillon de la nécessité, il doit s’arrêter. En attendant qu’on fasse autrement et mieux qu’eux, ce sont eux qui nous nourrissent.

Un troisième élément concourt enfin, avec les bras et les capitaux, à la production rurale comme à toute autre : c’est l’instruction spéciale, qui s’acquiert par deux voies, l’expérience et la science. Ici l’action de l’état peut être plus sensible, sans grands sacrifices. Au premier rang des moyens d’enseignement mutuel qu’il peut organiser, figurent les concours. L’année dernière, le succès de ces fêtes de l’agriculture était déjà complet ; il a été éclatant cette année. Sans doute il vaudrait mieux que, comme en Angleterre, l’industrie agricole eût pris elle-même l’initiative ; ce serait plus vrai, plus sérieux et plus utile. Malheureusement elle ne l’a pas fait ; il est impossible d’y mieux suppléer. Suivant notre habitude, nous avons dépassé du premier coup, en élégance et en richesse, les plus belles expositions anglaises. Si la réalité nous manque, l’apparence ne nous manque pas. Au lieu de ces concours en plein champ, établis successivement sur tous les points de l’Angleterre, avec l’argent des souscripteurs seulement, et où l’on souffre de la pluie et du soleil, nous avons en un immense jardin, sous la voûte d’un palais sans égal, au milieu de la plus superbe capitale et de la plus belle promenade du monde, des arbres, des gazons, des fleurs, des statues, des fontaines, des loges innombrables pour les animaux disposées avec un goût parfait et une exquise propreté, des échantillons choisis de toutes les races de l’Europe, transportés et nourris aux frais de l’état, des gardiens de toutes les nations, tyroliens, suisses, hongrois, écossais, avec leurs costumes pittoresques, la foule des élégans et des jolies femmes circulant