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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/85

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remarqué certaines préparations des organes de l’ouïe faites avec toute l’habileté d’une main savante et délicate. Les jours de marché, les paysannes de la Groningue viennent en assez grand nombre dans ce musée. L’intérêt qu’elles prennent aux mœurs des animaux et aux différentes formes de la vie annonce une race avide de s’instruire. Ce goût des lumières est une conséquence du bien-être matériel qui a répandu plus ou moins l’éducation dans toutes les classes. Parmi ces collections, il en est une qui m’a semblé unique ; je veux parler d’une variété de dessins de poissons exécutés en Chine sur du papier anglais, avec de l’or et de l’argent mêlés à des couleurs très vives. Cette série iconographique a été obtenue du gouvernement chinois par un consul hollandais qui en a fait présent à l’université. Toutes les richesses de l’établissement reposent sous la garde et la surveillance du custos. Ce custos est une figure originale ; aide-préparateur, un peu artiste, homme d’action dans l’étude, il s’identifie de bonne foi et avec l’ardeur de la jeunesse aux intérêts de la science. Une bibliothèque, située dans un vieux bâtiment, renferme les livres qu’on prête aux élèves. L’université possède encore un jardin botanique ; mais l’esprit positif des habitans de la Groningue ne les porte point à cultiver seulement la science pour la science : à ce jardin botanique est annexé un jardin économique et agricole, dans lequel on se livre à des applications utiles. Les cours de clinique se font à l’hôpital de la ville, et ils se font en latin, pour ne point effrayer les malades.

Le programme des études, ordo lectionum, affiché à la porte de l’université de Groningue, est à peu près le même qu’à Leyde et à Utrecht ; seulement la direction diffère. Groningue se trouve placée à quelques lieues du Hanovre ; la science et la littérature allemandes ont déteint ici sur l’esprit hollandais. Quelques-uns des professeurs sont des hommes distingués. Cette académie a perdu, il y a peu d’années, un écrivain de mérité, M. Limburg Brouwer, auteur d’un petit roman, la Société de lecture de Diepenbeek, dans lequel il tournait en ridicule les partisans exagérés de l’orthodoxie. Ce qui caractérise en effet cette université, c’est la couleur de l’enseignement religieux. Les théologiens de Groningue forment, dans le mouvement intellectuel des Pays-Bas, une école à part. Cette école naquit, il y a quelques années (vers 1833), dans le sein même de la ville orthodoxe par excellence. Un professeur d’Utrecht, M. van Heusde, auteur de l’École socratique et d’un ouvrage latin Initia philosophioe platonicœ, cherchait à ouvrir dans le champ des croyances religieuses quelques perspectives nouvelles. Ses idées se rencontrèrent avec celles de M. Hofstede de Groot, élève de l’université de Groningue, esprit jeune et indépendant qui cherchait, lui aussi, une réforme